L'Histoire de Souleymane : l'histoire vraie d'Abou Sangaré derrière le film
Après avoir conquis les spectateurs et triomphé aux derniers César, le film L'HISTOIRE DE SOULEYMANE de Boris Lojkine arrive en exclusivité sur CANAL+ le 20 mai. Ce film puissant et immersif est-il basé sur une histoire vraie ?
Un film qui a bouleversé la critique et conquis les César
C’est l’un des chocs de l’année 2024. Présenté à Cannes l'année passée dans la sélection Un Certain Regard, L’HISTOIRE DE SOULEYMANE s’est imposé aux César en mars dernier, en remportant plusieurs récompenses majeures dont celles du meilleur espoir masculin pour Abou Sangare, et du meilleur premier film pour Boris Lojkine.
Le film suit deux jours dans la vie d’un jeune livreur à vélo sans papiers. Souleymane pédale dans tout Paris, enchaîne les livraisons et, dans sa tête, répète l’histoire qu’il devra bientôt raconter à l’Ofpra lors de son entretien de demande d’asile. Le compte à rebours est lancé. Le moindre faux pas peut tout faire basculer.
Le réalisateur Boris Lojkine s’est appuyé sur des mois d’enquête et de rencontres pour nourrir son scénario, écrit avec Delphine Agut. Il filme Paris comme un territoire hostile, bruissant, nerveux, traversé par les codes et les rapports de domination. Aucun artifice ici : pas de musique, des prises de son au cœur de la ville, et un casting presque exclusivement non-professionnel.
Abou Sangare, qui incarne Souleymane, n’avait jamais joué auparavant. Mécanicien de formation, il a été repéré lors d’un casting sauvage, puis formé en immersion dans le quotidien des livreurs. La caméra ne le lâche jamais. Présent dans presque tous les plans, il porte le film avec une justesse rare.
Une fiction ancrée dans le réel
L'HISTOIRE DE SOULEYMANE n’est pas une reconstitution à proprement parler. Le film ne raconte pas l’histoire vraie d’un individu précis, mais celle d’un personnage de fiction construit à partir de récits réels. Boris Lojkine a mené un long travail d’enquête, multipliant les entretiens avec des demandeurs d’asile, principalement guinéens, et des livreurs à vélo sans papiers. Ce matériau brut a nourri l’écriture du scénario, co-signé avec Delphine Agut.
Souleymane s'impose donc comme une figure de synthèse, mais chacune de ses difficultés renvoie à des réalités précises. Son quotidien, rythmé par les livraisons à la minute près, la peur des contrôles, la tension autour de l’entretien à l’Ofpra, est celui de milliers de jeunes hommes aujourd’hui invisibles dans l’espace public.
Ce rapport étroit au réel s’incarne aussi dans le choix d’Abou Sangare pour tenir le rôle principal. Né en Guinée, arrivé seul en France à 16 ans, il n’avait aucune formation d’acteur. Il suit un cursus de mécanique dans un lycée professionnel quand il est repéré à Villejuif, lors d’un casting sauvage. Son regard, sa présence, son calme impressionnent l’équipe. Il est retenu.
Pendant plusieurs mois, il s’immerge dans le rôle. Il apprend à se déplacer dans Paris à vélo, à travailler comme livreur, à intégrer les gestes, les silences, le stress du quotidien. Le tournage se fait dans les rues de Paris, parfois en conditions réelles, sans figuration ni mise en scène visible. La caméra ne le quitte jamais.
Sa performance, entièrement guidée par l’écoute, la précision et la retenue, est saluée par la critique. Il reçoit le César du meilleur espoir masculin en mars 2024. Une reconnaissance rare pour un premier rôle, et un parcours hors normes qui prolonge, au-delà du film, ce que L'HISTOIRE DE SOULEYMANE cherche à raconter : une existence qu’on refuse trop souvent de regarder en face.



