Killers of the Flower Moon : Lily Gladstone méritait l'Oscar de la meilleure actrice
Grande favorite de sa catégorie, l’interprète sensationnelle de Mollie Burkhart dans le chef-d’œuvre de Martin Scorsese a été très injustement snobée par l’Académie des Oscars le mois dernier. Car avec sa prestation dans Killers of the Flower Moon, Lily Gladstone a réussi la performance d’éclipser à la fois Leonardo DiCaprio et Robert De Niro.
Un charisme naturel
C’est ce qu’on appelle le rôle d’une vie. Il y aura un avant et un après dans la carrière de Lily Gladstone, révélée au grand public grâce à KILLERS OF THE FLOWER MOON, alors qu’elle restait jusqu’à présent un secret bien gardé des fans de la réalisatrice Kelly Reichardt, pour qui elle a joué dans les bijoux indés FIRST COW (2019) et surtout CERTAINES FEMMES (2016), où son rôle bouleversant a visiblement convaincu Martin Scorsese de la caster dans son film.
Lily Gladstone y imposait déjà à l’écran sa présence hiératique, ce charisme qui se passe de mots et transmet une riche palette d’émotions rien que par le regard. C’est exactement ce qu’elle fait – au centuple – dans KILLERS OF THE FLOWER MOON, où elle permet à son personnage (Mollie Burkhart) d’occuper tous les esprits – alors même que sur le papier, il s’agit plutôt d’un second rôle.

La vraie star du film
Dans la peau d’une femme Osage victime de la tentative d’empoisonnement de son mari (Leonardo DiCaprio) et de l’oncle de ce dernier (Robert De Niro), Lily Gladstone s’impose naturellement comme la figure centrale du récit, semblant toujours porter sur ses épaules toutes les souffrances et les traumatismes d’un peuple autochtone massacré méthodiquement par des Blancs qui voulaient s’emparer de richesses issues du pétrole – dans l’Amérique des années 1920.
Il faut dire que Lily Gladstone est elle-même une descendante d’une tribu autochtone, et elle a évidemment approuvé la réécriture complète du scénario afin que celui-ci raconte cette tragédie bien réelle du point de vue de la nation Osage et pas des enquêteurs du FBI.
Mais en son cœur, KILLERS OF THE FLOWER MOON est aussi et surtout le récit d’une histoire d’amour ambigüe et aussi impénétrable que le visage de Lily Gladstone, qui fait perdurer le mystère sur la longévité de ce couple qui paraît aujourd’hui si improbable. Par la sobriété et la puissance rentrée de son interprétation, l’actrice vole donc la vedette aux deux superstars masculines du film, et cela aurait dû être amplement suffisant pour que les Oscars la récompensent.

Une occasion manquée
Mais l’Académie a aussi raté l’occasion d’écrire l’Histoire en sacrant pour la première fois une interprète d’origine autochtone dans la catégorie Meilleure actrice – ce que les Golden Globes ont fait quelques mois plus tôt –, un an après avoir pourtant fait enfin sauter le verrou pour les actrices asiatiques avec Michelle Yeoh pour EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE (2022).
Bien sûr, la lauréate de cette année (Emma Stone) est l’une des meilleures actrices du monde, et sa performance dans PAUVRES CRÉATURES (2024) est impressionnante, mais elle n’a ni la même portée symbolique, ni le même poids politique – sans oublier qu’elle a déjà remporté un Oscar il y a peu pour LA LA LAND (2016).
Heureusement et compte tenu de son talent, il ne fait aucun doute que Lily Gladstone sera à nouveau nommée pour des prix : elle sera bientôt à l’affiche de la série UNDER THE BRIDGE (Disney+) et du film FANCY DANCE (Apple TV+), qui promettent tous les deux beaucoup. En attendant, elle reste la meilleure raison de (re)voir KILLERS OF THE FLOWER MOON.




