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Killers of the Flower Moon : le premier western de Martin Scorsese est un chef-d’œuvre

Projet titanesque en gestation depuis de longues années, ce film épique de 3h26 a été scandaleusement oublié lors de la dernière cérémonie des Oscars. Peu importe : Killers of the Flower Moon rappelle de façon spectaculaire qu’à plus de 80 ans, Martin Scorsese reste l’un des plus grands réalisateurs en activité.

Un changement de perspective nécessaire

Si se remettre toujours en question est la marque des artistes majeurs, Martin Scorsese en est assurément un. À l’origine, KILLERS OF THE FLOWER MOON devait en effet ressembler à un film policier classique avec Leonardo DiCaprio dans la peau d’un enquêteur du FBI.

Mais après avoir passé beaucoup de temps à échanger avec les membres de la nation Osage, Martin Scorsese a compris qu’il faisait fausse route. Pour dépeindre correctement les meurtres orchestrés contre cette tribu amérindienne par des Blancs – qui lorgnaient leur richesse issue du pétrole – dans l’Oklahoma des années 1920, il fallait que l’histoire soit racontée du point de vue des victimes.

Un grand film politique

Après presque deux années de travail, Scorsese et son coscénariste, Eric Roth, sont donc repartis de zéro et ont confié à Leonardo DiCaprio le rôle d’Ernest Burkhart, un vétéran un peu stupide de la Première Guerre mondiale qui sur les conseils de son oncle diabolique (joué par un Robert De Niro de retour en grande forme), se met à empoisonner sa femme (incarnée par Lily Gladstone) à petit feu pour s’emparer de sa fortune, alors même qu’il semble en être sincèrement amoureux.

Cette histoire d’amour tordue est au cœur de ce film vénéneux qui prend le temps de nous immerger dans la violence et le racisme de l'époque, mais aussi les traditions de la nation Osage.

On a du mal à croire que KILLERS OF THE FLOWER MOON a été réalisé par l’auteur du très punk LE LOUP DE WALL STREET dix ans plus tôt, mais à rebours des cinéastes dont le logiciel s’hypertrophie en vieillissant, Martin Scorsese a décidé de faire de son tout premier western un grand film politique sur le péché originel des Etats-Unis – le massacre et l’accaparement des ressources des populations autochtones. Le tout avec une tonalité tranquillement glaçante, dans la lignée des meilleures réalisations d’un Clint Eastwood.

La sensation Lily Gladstone

On pourrait aussi évoquer longuement la beauté formelle du film – de la photo de Rodrigo Prieto à la musique du regretté Robbie Robertson.

Mais si KILLERS OF THE FLOWER MOON est un tel chef-d’œuvre, c’est d’abord grâce à Lily Gladstone – elle-même d’ascendance autochtone –, qui livre une performance éblouissante de sobriété, et rend le plus bel hommage possible à la nation Osage. Comme la conclusion surprenante du film, qui vient rappeler in fine que ces 3h26 étaient bien nécessaires, et que si Martin Scorsese est le seul réalisateur à pouvoir se le permettre, ce n’est pas pour rien.

BARBIE et OPPENHEIMER ont peut-être monopolisé l’attention en 2023, mais le vrai film de l’année qui restera est peut-être là.

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