Il y a 15 ans, ce thriller machiavélique retournait le cerveau de millions de spectateurs et il est toujours aussi excellent !
15 ans après sa sortie, SHUTTER ISLAND fascine toujours autant. Signé Martin Scorsese, le film plonge Leonardo DiCaprio dans un cauchemar éveillé, entre enquête policière et plongée psychiatrique. Succès critique et public lors de sa sortie en 2010, il s’est rapidement imposé comme l’un des thrillers les plus marquants des années 2000. Adapté du roman de Dennis Lehane, SHUTTER ISLAND est à redécouvrir sur CANAL+.
Shutter Island : toujours aussi bon 15 ans après
Tourné avec une précision clinique, SHUTTER ISLAND s’ouvre sur l’arrivée de deux marshals sur une île isolée au large de Boston. Teddy Daniels (Leonardo DiCaprio) et Chuck Aule (Mark Ruffalo) sont venus enquêter sur la disparition d’une patiente internée dans un hôpital psychiatrique ultra-sécurisé, Rachel Solando, accusée d'avoir tué ses trois enfants. Problème : elle n'a pas pu sortir de sa cellule fermée de l'extérieur. Très vite, l’enquête glisse. Le personnel médical sème le doute, les patients murmurent, les indices se contredisent. Plus le film avance, plus les certitudes s’effondrent. Qui est Teddy Daniels ? Et que cache vraiment cet hôpital ?
Martin Scorsese construit un labyrinthe dans lequel chaque recoin renforce le sentiment de perte de repères. Le spectateur avance à tâtons, suspendu à la subjectivité d’un personnage rongé par la culpabilité et le traumatisme. Tout, dans la mise en scène, accentue cette confusion : les fondus, les flashs, les ruptures de ton, les faux souvenirs. SHUTTER ISLAND est un film menteur, au sens fort, qui trahit les conventions du thriller pour embrasser la folie de son protagoniste.

Une fin qui a scotché les spectateurs
La révélation finale, amenée en douceur puis brutalement confirmée, fait partie des plus mémorables du cinéma contemporain, au côté de SIXIÈME SENS, LES AUTRES ou encore de ce thriller psychologique avec Ryan Gosling. Mais elle n’annule pas les deux heures qui précèdent, elle les réoriente. Le spectateur est alors forcé de reconstituer ce qu’il croyait avoir compris, pris dans le même brouillard que le personnage principal. Au fil du film, et à l’image du parcours de son héros, Martin Scorsese a construit un piège mental, une boucle où vérité et délire s’entremêlent. Une tension amplifiée par la performance de Leonardo DiCaprio, dans l'un de ses meilleurs rôles.
Teddy Daniels n’est pas celui qu’il prétend être : tout, depuis son arrivée sur l’île jusqu’aux comportements étranges du personnel, fait partie d’un dispositif destiné à le confronter à ses actes refoulés. Teddy semble avoir reconnu la réalité, mais choisit peut-être de s’y soustraire à nouveau. Lorsqu’il demande à son faux coéquipier s’il vaut mieux « vivre en monstre ou mourir en homme bien », le doute s’installe : parle-t-il encore en délirant ou feint-il de replonger pour échapper à sa culpabilité ?
Dans la filmographie de Martin Scorsese, SHUTTER ISLAND occupe une place singulière. Après des fresques historiques ou criminelles, il signe ici un thriller psychologique plus proche de PEUR PRIMALE ou SIXIÈME SENS que de ses œuvres habituelles. Un exercice de style maîtrisé, qui interroge la culpabilité, le refoulement et le pouvoir de la fiction. Quinze ans plus tard, le vertige reste intact.


