Cannes 2025 : l'hommage du Festival à Émilie Dequenne
Il y a tout juste un mois, le 16 mars dernier, la comédienne belge Emilie Dequenne nous a quittés à l'âge de 43 ans après un long combat contre la maladie. Le Festival de Cannes a annoncé il y a quelques jours que sa sélection 2025 lui serait dédiée. Un geste fort pour saluer une actrice à la carrière brillante, dont la sensibilité et l’engagement ont profondément marqué le cinéma francophone et le Festival de Cannes.
Émilie Dequenne et Cannes
ROSETTA (1999) – Compétition officielle
Révélée à tout juste 18 ans dans ROSETTA des frères Dardenne – Palme d’or en 1999 – Émilie Dequenne avait impressionné par une intensité rare, couronnée par un Prix d’interprétation féminine. Ce rôle coup de poing fut le point de départ d’un parcours exceptionnel, entre films d’auteur er incursions dans le cinéma populaire, toujours guidé par une exigence artistique et une profonde humanité.
LA MEUTE (2010) – Séances spéciales
Un film d’horreur réalisé par Franck Richard, projeté hors compétition.
À PERDRE LA RAISON (2012) – Un Certain Regard
Inspiré d’un fait divers tragique, ce drame de Joachim Lafosse a valu à Émilie Dequenne un second Prix d’interprétation féminine dans la section Un Certain Regard.
LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT (2020) – Sélection officielle
Un film d’Emmanuel Mouret présenté dans la sélection officielle.
CLOSE (2022) – Compétition officielle
Réalisé par Lukas Dhont, ce film a remporté le Grand Prix du jury.
LE PACTE DES LOUPS (2001) – Cinéma de la plage (2022)
Bien que sorti en 2001, ce film de Christophe Gans a été projeté en 2022 dans la section Cinéma de la plage.
En plus de ces participations, Émilie Dequenne a été membre du jury de la section Un Certain Regard en 2023 présidé par l’acteur américain John C. Reilly aux côtés de Alice Winocour, Paula Beer et David Chou.
Mais en dehors de ses performances dans des films cannois, toute sa filmographie est marquée par une interprétation et une justesse dans ses rôles (LA FILLE INCONNUE, FEMME DE MÉNAGE, J’AI OUBLIÉ DE TE DIRE, PAR ACCIDENT, MAMAN A TORT, MARINETTE, PAS SON GENRE, LES HOMMES DU FEU, AU-REVOIR LÀ HAUT... ou encore dans la série LES REVENANTS). On s'attend à un hommage marquant à Cannes d'autant que les frères Dardenne sont en sélection officielle.

L’amour du métier
En 2019, au cours d’un long entretien accordé à Laurent Weil pour l’émission Sorties Prévues à l'occasion du Festival de Cabourg où elle recevait un Swann pour son interprétation dans LES CHOSES QU'ON DIT, LES CHOSES QU'ON FAIT d'Emmanuel Mouret, Emilie Dequenne s’était confiée sur son rapport au métier d’actrice.
Sur le début de sa carrière et la présentation de ROSETTA à Cannes
‘’J'avais même pas encore 18 ans. C'est un souvenir qui est intact. J'ai le souvenir d'une fulgurance absolue de cette arrivée. C'est la première fois que je prenais l'avion quand même…J'arrive à Nice et là, le train s'est mis en marche et ça ne s'est plus jamais arrêté. C'était dingue. Je suis sorti de l'avion. J'ai rencontré Marie-Christine Damiens, l'attachée de presse de Rosetta qui m'a pris sous son aile et qui m'a dit : ‘’Voilà, tu me suis, je vais te faire faire des trucs.’’ Moi, j'ai dit ‘’d'accord, je fais ce que tu me dis’’. J’ai fait absolument tout ce qu'elle m'a dit de faire. Et puis je suis rentrée en Belgique. J'ai été accueillie en Belgique comme un champion du monde. C'était assez dingue. Après, j'ai des souvenirs un peu futiles de fêtes à Cannes, et cetera. Mais c'était tellement, tellement incroyable et tellement insensé…la folie cannoise, la presse, les apparences aussi. C'est un exercice dans lequel je ne suis pas toujours très à l'aise. Tout ça m'est tombé dessus d'un coup. Après, j'ai eu l'opportunité de retourner à Cannes en ayant un peu grandi, un peu vieilli, et j'ai pu voir les choses autrement. Médiatiquement après les Jeux Olympiques, il y a le Festival de Cannes. C'est le second événement médiatique couvert mondialement. Donc, quand un film a la chance d'être mise en lumière par le Festival de Cannes. Il faut en profiter. C'est tellement un cadeau. Voilà, ce serait dommage de ne pas jouer le jeu et de ne pas y aller à fond.’’
Sur la reconnaissance du public et celle de la profession
‘’La reconnaissance du public, elle est vraiment importante, c'est celle qui est la plus difficile à gagner… La récompense de la profession ? J'ai un rapport un peu particulier avec ça parce que c'est difficile. C'est vrai que lorsqu’on n’obtient pas la récompense, on a l'impression qu’on ne vous aime pas…Mais du coup, j'essaye de me détacher un tout petit peu parce que, en fait, j'ai juste envie de faire ce que j'aime. Quand on salue mon travail, quand la profession salue mon travail, je prends ça comme un comme un encouragement et j'essaie, lorsque la profession ne le fait pas, de ne pas prendre ça comme un fait particulier.’’
Choisir un projet
‘’En fait, je n'ai pas cherché plus loin que de choisir le film que j'avais envie de faire. Une histoire qui me touche, un personnage qui me touche, un metteur en scène qui sait me convaincre, un point de vue. Un tournage, c'est une aventure, c'est une expérience de vie. Chaque film, c'est une expérience, donc c'est d'aller au maximum vers une expérience qui me convainc le plus. Et je n'ai jamais choisi mes films autrement. Effectivement, après Cannes, quand j'avais même pas 18 ans, forcément, Rosetta n'était même pas encore sortie au cinéma, que je recevais déjà énormément de scénarios. On m'a vraiment conseillé de prendre le temps et surtout, je me suis rendu compte qu'il fallait que j'attende que le film sorte au cinéma. Ça aurait été un peu idiot d'aller travailler avec des metteurs en scène qui n’auraient pas forcément vus du film et choisir un film juste parce qu'il y a eu un coup de projecteur sur une jeune nana de 17 ans. Au-delà du scénario qu'on nous propose, qui forcément, est quelque chose de nouveau à chaque fois, l'univers d'un metteur en scène, ce qu'il a dans la tête, son point de vue, c'est un monde nouveau. À chaque fois, il y a des astronautes qui vont explorer les planètes. Nous, on a cette chance en tant que comédien, d'aller voir les planètes très, très différentes de tous les metteurs en scène qu'on a la chance de rencontrer, avec qui on a la chance de travailler. Et c'est un peu comme ça que je vois ce métier. Et c'est vrai que depuis toujours, c'est ce que j'essaye de faire… Je veux être au service du metteur en scène.’’
Les seconds rôles
‘’Je veux l'expérience que ça m'amène. Parce qu'avoir un personnage qui doit exister sur un film en dix jours de tournage, c'est un exercice que je trouve dément. Parce que quand tu fais vivre un personnage en dix jours, mais qu'il doit être là et exister et être construit pendant tout le film, mais que d'un coup tu vas tourner deux jours au début et trois jours au milieu, ça te demande une concentration qui est différente.Tu n'es pas tenue par l'énergie qu’amène un tournage au quotidien, donc tu dois trouver autre chose. Il y a une autre rigueur pour le faire vivre.’’

Une date de sortie en salle annoncée pour son dernier film
Ces dernières années, Émilie Dequenne avait fait preuve d’un courage admirable en révélant publiquement sa lutte contre un cancer rare. Jusqu’au bout, elle a tourné son dernier film malgré la maladie. Elle était apparue pour la dernière fois au cinéma en juin 2024 dans le film de science-fiction SURVIVRE de Frédéric Jardin mais avait également tourné dans le drame TKT de Solange Cicurel.
Sony Pictures a annoncé ces derniers jours la date de sortie du long métrage sur les écrans français : TKT sera visible en salles dès le 24 septembre prochain. Inspiré du livre « Tout ira bien » d’Elena Tenace, ce film choc sur le harcèlement scolaire et le danger des réseaux sociaux, permet de comprendre le mécanisme sournois des violences en milieu scolaire. Avec aussi Stéphane De Groodt et Lily Dupont. C’est l’histoire d’Emma,16 ans, jolie, intelligente, bien dans sa peau. Elle a des parents aimants et des amis. Un jour, sur un mot de travers, une dispute, un malentendu, une vidéo est envoyée sur tous les téléphones de la classe, créant un rejet généralisé. Emma bascule. À ses parents soucieux, elle répond "t’inquiète", "TKT" en abréviation SMS.
Stéphane De Groodt et Emilie Dequenne s'étaient rencontrés devant nos caméras pour parler du cinéma belge avant de participer à ce tournage.





