I LOVE PERU : Raphaël Quenard en quête de lui-même (et d’un condor)
Avec I LOVE PERU, Raphaël Quenard et Hugo David livrent un faux documentaire à la frontière du réel, un objet filmique foutraque, tendre et méchamment drôle. Entre quête spirituelle absurde et introspection à peine déguisée, ce road-movie d’un genre nouveau brouille les pistes avec malice.
Une odyssée perchée, quelque part entre STRIPTEASE et spiritualité
Il y a des ruptures sentimentales, un chaman, des plumes de condor, un comédien en pleine crise existentielle — et une caméra qui ne le lâche jamais. I LOVE PERU, co-réalisé par Raphaël Quenard et Hugo David, se présente comme un docufiction aussi déroutant que jubilatoire.
Le pitch ? Un acteur (Quenard, dans son propre rôle) qui plaque tout après une "vision", embarque son pote Hugo et part au Pérou à la recherche de… quelque chose. Ou de lui-même. Le film se tourne alors vers un absurde totalement assumé, dans la veine d'un STRIPTEASE halluciné, où chaque rencontre semble improvisée.
Mais sous le vernis comique, on observe un Quenard qui se filme obsessionnellement, s'acharnant à paraître heureux face à la caméra pendant de longues minutes, alors qu'il semble en proie à un chagrin d'amour. C’est drôle, souvent mégalo, mais étonnamment touchant.

Raphaël Quenard, hyperactif et insaisissable
Depuis son César de la révélation masculine pour CHIEN DE LA CASSE, Raphaël Quenard est partout. Cinéma d’auteur, comédies populaires, séries, livres : le comédien impose sa voix éraillée et sa présence nerveuse avec intensité. En 2025, en plus de I LOVE PERU, il publie Clamser à Tataouine chez Flammarion, un texte acide, où l’on retrouve son sens du verbe et du paradoxe.
Il a également été choisi pour incarner Johnny Hallyday à l’écran dans le biopic que prépare actuellement Cédric Jimenez.
Raphaël Quenard, c’est une tornade médiatique et artistique, souvent comparé à des figures comme Vincent Lindon ou Jean-Pierre Léaud, mais dont l’énergie frôle parfois l’épuisement — du spectateur comme de l’acteur lui-même. I LOVE PERU joue avec cette image, la retourne, la parodie, dans une mise en abyme réjouissante où l’homme public vacille.

Délire entre potes ou vrai film d’auteur ?
Né d’un court-métrage et d’un voyage imprévu, I LOVE PERU s’est construit à l’arrache, avec un appareil photo, beaucoup d’impro et un semblant de scénario. Le résultat ? Un objet inclassable, entre bricolage sauvage et satire douce-amère du métier d’acteur.
Le film accueille des guests prestigieux — François Civil, Marina Foïs, Michel Hazanavicius, Jean-Pascal Zadi — dans des apparitions clins d’œil, renforçant l’impression d’un projet de "bande", libre et joyeusement bordélique. Présenté en avant-première au dernier Festival de Cannes, le film surprend par sa sincérité dissimulée sous des couches de second degré. Sous le rire, une vraie mélancolie : celle d’un acteur qui joue à ne plus savoir s’il joue encore.



