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Cannes 2025 : ces actrices célèbres passent derrière la caméra

Scarlett Johansson, Kristen Stewart, Hafsia Herzi, Romane Bohringer et Joséphine Japy présentent cette année à Cannes un long-métrage en Sélection Officielle en tant que réalisatrices. Longtemps considérées comme les muses du cinéma, les actrices prennent désormais les rênes derrière la caméra. Et c’est sur les marches du Festival de Cannes, temple du cinéma mondial, que ce changement de paradigme s’affirme avec éclat.

De plus en plus d’actrices y présentent leurs films, non plus comme interprètes, mais comme autrices de récits, architectes d’univers, détentrices du regard. Une véritable prise de pouvoir. Cette année, il sera possible de découvrir :

ELEANOR THE GREAT – premier film de la réalisatrice américaine Scarlett Johansson (Un Certain Regard)

THE CHRONOLOGY OF WATER – premier long métrage de réalisatrice américaine Kristen Stewart (Un Certain Regard)

LA PETITE DERNIÈRE – troisième film de la réalisatrice française Hafsia Herzi (En Compétition)

DITES-LUI QUE JE L’AIME – second long métrage de la réalisatrice française Romane Bohringer (Séance Spéciale)

QUI BRILLE AU COMBAT – premier film de la réalisatrice française Joséphine Japy (Séance Spéciale)

LE REGARD MASCULIN

Pendant longtemps, le cinéma a été largement dominé par ce qu’on appelle le "regard masculin", ou en anglais "male gaze". C’est un concept théorisé notamment par la critique et réalisatrice britannique Laura Mulvey dans les années 1970. En résumé, elle explique que dans beaucoup de films : la caméra adopte un point de vue masculin, les femmes sont souvent filmées comme des objets de désir et les récits sont pensés à travers des préoccupations masculines. Le spectateur (et donc même la spectatrice) est invité(e) à regarder l'histoire à travers les yeux d'un homme : les héroïnes sont souvent regardées, désirées, passives et leur valeur narrative est souvent liée à leur physique ou à leur rapport aux hommes. Cela se manifestait concrètement par des cadrages sur les corps féminins, souvent fragmentés (par exemple : filmer des jambes, une bouche, un dos nu...), des personnages féminins stéréotypés (la muse, la femme fatale, la fille à sauver...) et des intrigues centrées sur l’homme et ses aventures, avec des personnages féminins secondaires.

Aujourd’hui, beaucoup de cinéastes, hommes comme femmes, essayent de déconstruire ce "regard masculin". Le cinéma féministe ou queer propose d'autres manières de filmer le désir, le corps, l'émotion. Certaines réalisatrices (comme Céline Sciamma, Julia Ducournau, Chloé Zhao) proposent un "female gaze" c’est à dire un regard plus intérieur, plus empathique, qui ne fétichise pas le corps féminin.

Dans un tel contexte, il paraît évident que Cannes, depuis sa création en 1946, a sacralisé les figures masculines du cinéma : les grands réalisateurs, les « maîtres » du 7ᵉ art, souvent entourés de leurs actrices fétiches. Ces dernières, bien que centrales dans l’imaginaire cinématographique, étaient trop souvent reléguées au rang de muses, de symboles, de corps à filmer. Mais depuis quelques années, le vent tourne. Portée par les mouvements #MeToo et Time’s Up, la parole des femmes se libère, y compris dans l’industrie du cinéma. Et à Cannes, ce changement se lit autant dans les sélections que dans les palmarès. Cette année, 7 femmes sont en lice pour la Palme d'Or.

RÉALISATRICE EN FRANCE

Le nombre de réalisatrices a beaucoup augmenté en France depuis une quinzaine d’années, mais elles restent encore minoritaires dans le milieu du cinéma, surtout dans les films à gros budget.

Quelques chiffres clés :

Environ 20 % à 30 % des films français sortis en salles chaque année sont réalisés par des femmes sur ces dix dernières années.

En 2000, elles représentaient moins de 20 % donc il y a eu une progression mais qui est en léger recul sur cette dernière année.

Plus de réalisatrices dans le cinéma indépendant que dans les grosses productions.

Sur les gros budgets (+7 millions d'euros), moins de 15 % sont confiés à des femmes.

Dans les écoles de cinéma (comme La Fémis ou Louis-Lumière), les étudiantes sont parfois majoritaires, mais l'inégalité revient après dans l'accès aux projets professionnels.

DES FIGURES QUI TRACENT LA VOIE

Agnès Jaoui, Valeria Bruni Tedeschi, Mélanie Laurent, Maïwenn, Noémie Merlant, Hafsia Herzi, Aïssa Maïga pour les françaises - Jodie Foster, Angelina Jolie, Olivia Wilde, Elizabeth Banks, Greta Gerwig, Sarah Polley, Natalie Portman aux États-Unis et bien d'autres : toutes sont actrices et ont franchi le pas de la réalisation. Chaque film porté par ces réalisatrices est une prise de parole, un choix assumé de montrer le monde à travers un regard féminin – non pas féminin au sens essentialiste, mais féminin au sens de vécu, d’expérience, de sensibilité. Cette transition de l’actrice à la réalisatrice ne relève pas une réorientation de carrière. Elle traduit une volonté de reprendre le contrôle de son image, de ses récits, de son temps. Derrière la caméra, l’ex-actrice ne subit plus le regard : elle le pose. Elle décide des angles, des silences, des violences à montrer ou à taire.

Le cinéma ne change pas seulement par ses histoires, mais par celles et ceux qui les racontent. Et à Cannes, temple du récit cinématographique, cette prise de pouvoir résonne comme un signal fort : les femmes ne veulent plus être seulement sur l’affiche, elles veulent aussi en être les auteures. Si la présence des réalisatrices issues du métier d’actrice est de plus en plus visible, la route vers une égalité réelle reste longue. Les financements, les réseaux de production, les jurys, les critiques restent encore majoritairement masculins. Mais Cannes, en devenant la scène d’un changement de regard, ouvre la voie.

 Ce mouvement n’est plus une exception : c’est une révolution tranquille, film après film, prise de parole après prise de parole. Et cette année encore, sous les flashs de la Croisette, il y aura donc plusieurs actrices qui viendront défendre leur film en tant que réalisatrices. Leurs histoires bénificieront ainsi d'une mise en lumière méritée.