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Cannes 2025 : cette icône du cinéma américain fait un retour en force sur grand écran

Après une carrière déjà légendaire et une discrétion médiatique presque militante, Jodie Foster revient sur le devant de la scène avec une force tranquille et une élégance inaltérable. Longtemps silencieuse, l’actrice-réalisatrice oscarisée renoue avec des rôles puissants, complexes, à l’image de sa trajectoire unique à Hollywood.

Une enfance sous les projecteurs et les sommets d’une carrière d’exception

Révélée très jeune, Jodie Foster fascine dès TAXI DRIVER, Palme d'Or en 1976 et chef-d'œuvre de Martin Scorsese, où elle incarne Iris, une adolescente prostituée, rôle pour lequel elle reçoit une nomination aux Oscars à seulement 14 ans. Dès ses débuts, elle incarne des personnages bien plus profonds que leur âge ou leur genre ne le laissent croire. Son visage d’ange cache déjà une intensité rare.

Les années 1990 consacrent Jodie Foster comme une actrice de premier plan. Son rôle mythique de l’agent Clarice Starling dans LE SILENCE DES AGNEAUX (1991) reste gravé dans la mémoire collective. Elle y incarne une héroïne aussi déterminée que vulnérable, face à l’inoubliable Anthony Hopkins en Hannibal Lecter. L’Oscar de la meilleure actrice qu’elle reçoit en 1992 pour ce rôle confirme son statut d’icône.

Elle avait déjà remporté la précieuse statuette trois ans plus tôt pour LES ACCUSÉS (1988), où elle campait une survivante de viol en quête de justice — un rôle fort et avant-gardiste.

Si Jodie Foster a enchaîné des succès critiques comme CONTACT (1997) de Robert Zemeckis ou PANIQUE À BORD (2005), elle choisit peu à peu de se retirer des projecteurs. Elle passe derrière la caméra avec une précision acérée en 1991, pour un premier film centré sur un surdoué, LE PETIT HOMME. Suivront d'autres titres, notamment LE COMPLEXE DU CASTOR (2011) et MONEY MONSTER (2016) tous deux présentés à Cannes, prouvant que son regard sur le monde est aussi affûté que son jeu d’actrice.
Venue à Cannes pour la présentation de TAXI DRIVER, future Palme d'Or de 1976, elle a un rendez-vous manqué avec le festival dans le rôle de présidente du jury quand elle accepte le premier rôle de PANIC ROOM de David Fincher. Mais l'événement n'est pas rancunier puisque Jodie Foster reviendra en 2001 pour remettre la Palme d'Or, et sera même récipiendaire d’une Palme d’Honneur en 2021.

Les années 2020 et le retour dans l'écran

Après une décennie passée essentiellement derrière la caméra et loin des feux de la rampe, Jodie Foster choisit 2021 pour signer un retour d’envergure devant la caméra, avec DÉSIGNÉ COUPABLE (THE MAURITANIAN, en version originale). Elle y campe Nancy Hollander, une avocate chevronnée et imperturbable, défendant un détenu accusé de terrorisme et emprisonné à Guantánamo sans procès. Avec sobriété et rigueur, Jodie Foster donne corps à une femme de principes, droite dans un monde trouble. Le film, inspiré d’une histoire vraie, bénéficie de son interprétation tout en retenue, où chaque regard, chaque silence devient signifiant. Ce rôle lui vaut un Golden Globe de la Meilleure actrice dans un second rôle, récompense qui marque autant la qualité de sa performance que le respect intact que lui porte l’industrie.

Sur les cinq dernières années, Jodie Foster a opéré un retour maîtrisé et réfléchi au cinéma. En 2023, elle joue dans le film INSUBMERSIBLE (NYAD), sorti en 2023 sur Netflix qui marque une étape importante dans la carrière récente de Jodie Foster. Réalisé par Elizabeth Chai Vasarhelyi et Jimmy Chin, ce biopic retrace l'exploit de la nageuse Diana Nyad (incarnée par Annette Bening), qui, à 60 ans, entreprend de traverser à la nage les 160 km séparant Cuba de la Floride, sans cage de protection contre les requins. Jodie Foster y interprète Bonnie Stoll, la meilleure amie et coach de Nyad. Son rôle apporte une dimension émotionnelle essentielle au film, mettant en lumière la force du lien entre les deux femmes. La performance de Foster a été saluée par la critique, lui valant une nomination à l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle en 2024 .

Mais ce n’était qu’un prélude. En 2024, TRUE DETECTIVE : NIGHT COUNTRY, quatrième saison de la série culte, marque une nouvelle apothéose. Foster y incarne Liz Danvers, une enquêtrice du nord de l’Alaska, tiraillée entre son sens du devoir, ses traumatismes passés et une colère sourde qu’elle contient sous un masque de froideur. C’est un rôle taillé sur mesure pour elle : complexe, ambivalent, imprégné d'une noirceur morale que peu d’actrices peuvent habiter avec autant de crédibilité. Son jeu, à la fois distant et intensément humain, captive. Loin des archétypes, elle impose une figure d’autorité abîmée mais fascinante, qui transcende les codes du polar.
La critique ne s’y trompe pas : sa performance est saluée comme l’une des plus marquantes de l’année, certains n’hésitant pas à parler de son meilleur rôle depuis LE SILENCE DES AGNEAUX. Ce n’est pas un simple retour, ni une tentative de retrouver la lumière. C’est une réaffirmation puissante de son talent, une démonstration qu’à 60 ans passés, elle peut encore redéfinir ce qu'est être au centre du film. Là où d’autres cherchent à rajeunir leur image, Jodie Foster, elle, assume l’âge, l’expérience, la gravité. Avec un Emmy Award et un Golden Globe de la meiilleure actrice dans une mini-série à la clé.

Dans un paysage hollywoodien souvent obsédé par la nouveauté, son retour sonne comme un rappel salutaire : le talent n’a pas d’âge, et certaines voix, même discrètes, finissent toujours par résonner plus fort que les autres. C'est le cas pour celle de Jodie Foster de retour en force. 

Une Reine à Cannes chez Rebecca Zlotowski

En 2025, Jodie Foster surprend encore une fois en faisant un pas de côté audacieux : elle tourne pour la première fois sous la direction d’une réalisatrice française, Rebecca Zlotowski, dans VIE PRIVÉE et ce, entièrement dans la langue de Molière., face à Virginie Efira et Vincent Lacoste. L’écriture de Zlotowski, fine et habitée, offre une rare densité psychologique aux personnages féminins - un élément devenu essentiel pour l’actrice.

Le choix d’un film français à ce moment de sa carrière n’est pas anodin. Il reflète une trajectoire artistique assumée : celle d’une actrice libre, qui refuse de se laisser enfermer dans les circuits américains de prestige ou de confort. En rejoignant le cinéma de Rebecca Zlotowski — féminin, intellectuel, sensuel — Jodie Foster inscrit sa carrière dans une forme d’internationalité exigeante.

Sa présence à Cannes en 2025 en sélection officielle hors compétition n’est donc pas seulement l’effet d’un casting prestigieux. Elle est le fruit d’un engagement, d’un regard curieux sur le monde.

À 61 ans, Jodie Foster incarne tout ce que Hollywood a longtemps refusé de montrer : une femme mature, indépendante, intellectuellement redoutable, indifférente aux diktats de séduction. Elle ne revient pas, elle persiste. Elle est, comme toujours, là où on ne l’attend pas.

Le retour de Jodie Foster n’est pas un simple comeback. C’est un rappel : celui de la puissance d’un jeu sobre, d’un regard qui en dit long, d’une carrière choisie plutôt que subie. Si elle a disparu quelque temps, ce n’est que pour mieux revenir — et nous rappeler qu’elle n’a jamais cessé d’être essentielle.

VIE PRIVÉE de Rebecca Zlotowski sortira en salle le 26 novembre.