La chanson du coach

Posté par Bruno BINI le 3 Juillet 2019

17 juillet 2011… Paris…

L’avion privé mis à disposition par la fédération s’est posé au Bourget. Notre retour est un tout petit peu plus médiatisé qu’avant la Coupe du Monde. La fédération nous a réservé des chambres dans un grand hôtel à deux pas des Champs Elysées. Notre programme est assez simple bien qu’inhabituel. Un moment libre dans l’après-midi, le repas en commun en regardant la finale de la Coupe du Monde USA-Japon sur un grand écran dédié et ensuite une sortie collective dans un night-club à la mode qui se trouve lui aussi à deux pas des Champs-Elysées.

Tout le monde a regardé la finale mais le cœur n’y était pas. Seul, Antonio Mesa, notre divin chasseur d’images, s’est pris au jeu… Et il se montra, même si ce n’est pas sa nature car étant d’habitude très discret, très pris par ce match et la victoire des Japonaises le ravit littéralement. Antonio avait une bonne raison pour cela : son épouse est… japonaise… Si d’aventure nous avions joué contre le Japon en finale il y aurait eu risques d’explications dans la famille…

La sortie au night-club ? Pour ma part je n’y suis resté qu’une petite heure tout au plus. J’estimais, à tort peut-être, ne pas y être à ma place.

Que voulez-vous je n’ai pas une mentalité « anglaise »…


18 juillet 2011… Paris le matin…

Ce matin nous sommes reçus par le journal l’Equipe…

Et ça me fait sourire car je me souviens du projet de quelques joueuses cadres alors  mécontentes de la non médiatisation de ce journal (référence en matière de football) pendant l’Euro 2009 et notre campagne de qualification à cette Coupe du Monde… Ces cadres donc avaient le projet de « prendre en otage » le rédacteur en chef de l’Equipe dans son bureau et de prévenir les autres médias. Assurément si ce projet avait été au bout cela aurait été le buzz garanti !!! Le projet tomba à l’eau et il n’en fût rien. Un de « la bande des 6 » était ravi ce jour-là. Ce fût, bien sûr, Yohann Hautbois, journaliste à l’Equipe… On nous fit cadeau de la reproduction de la « une » du journal du lendemain de notre victoire en ¼ de finale contre l’Angleterre… On voyait sur cette « une » les joueuses, quelques secondes après la qualification aux tirs aux buts. Un titre barrait toute la page en lettres capitales : « ELLES SONT MAGIQUES»… France Football avait lui, avec une photo similaire, fait aussi sa « une » avec comme grand titre « ON VOUS AIME »…

Yohann, je n’ai plus cette « une ». Je l’ai donnée sans doute à une joueuse ou un membre du staff qui n’en avait pas eu… Alors s’il t’en reste une pour mettre dans ma malle aux souvenirs, je suis preneur !!!


18 juillet 2011… Paris entre 12h et 16h…

Jean Willy Mossé, Directeur Sports Marketing de Nike avait préparé ce qui allait être notre dernière « action » avant les vacances.

Arrivés à la boutique Nike des Champs-Elysées, un délicieux repas nous fût servi dans une grande salle attenante au 1er étage. Ensuite la boutique a été privatisée pendant plus d’une heure afin que les membres de la délégation puissent transformer le bon d’achat donné généreusement par le nouvel équipementier de la FFF en affaires de sports.

Puis nous avons rencontré nos fans et pour terminer nous avons eu droit à  un point presse directement sur les Champs…

Et il faut bien le dire, les médias étaient bien plus de 6 !!!

Et puis, tout à coup, arriva l’heure de la dislocation…

Je n’ai jamais aimé ce moment-là…

On dirait qu’un tremblement de terre  que tout le monde veut fuir vient d’arriver.

La plupart des membres de la délégation ne se dit même pas au revoir.

Ils se passent presque toujours de la même manière : Le bal des taxis commence et la devanture de Nike se vide en deux temps trois mouvements… Je serai le dernier à partir. Je couche dans un hôtel proche de la FFF. Demain matin j’ai rendez-vous à la fédération avec Noël Le Graët, car étant libre depuis la veille, je vais discuter de la prolongation de mon contrat.

« N’ayez point de crainte au moment de l’au revoir. Un adieu est nécessaire avant de pouvoir se retrouver encore… » Richard Bach

Ce doit être un peu vrai car j’ai retrouvé l’équipe de France, à l’initiative du Président Le Graët, à Lens, dans un stade comble et à la chaleur humaine comme je les aime, pour un match amical contre les Polonaises alors que nous devions initialement jouer en Pologne et avec un périple en car en prime !!! 

  

19 juillet 2011… le matin à la FFF…

Je ne m’étendrai pas sur mon rendez-vous avec Noël Le Graët.

Simplement vous dire que mes demandes étaient avant tout pour « le confort » de l’équipe…

Il les accepta toutes et me promis de donner les moyens à la hauteur des ambitions qu’il avait certes pour l’équipe nationale mais aussi pour le football féminin. Et force est de constater qu’il a tenu ses promesses.

Ensuite, les questions de mon salaire et de la durée de mon contrat furent  réglées en 10 minutes. Je n’avais pas d’agent, on s’est tapés dans la main et j’ai reçu mon contrat dans les 48h… Clair, net et précis !

C’est donc le sélectionneur officiel de l’équipe de France féminine qui était en vacances.

Un petit coup de téléphone à Brigitte et Bérangère, mon épouse et notre fille pour les informer de la bonne nouvelle, une journée à La Chapelle Saint Mesmin, à mon domicile, afin de faire un peu de rangement et je pris la voiture pour les rejoindre sur la Côte d’Azur à Golfe Juan où nous passons depuis plus de vingt ans nos vacances, enfin vacances si l’on peut dire…    

Deuxième quinzaine de juillet 2011… Golfe Juan…

3 « évènements » m’ont « rappelé à l’ordre » durant cette dernière quinzaine de juillet pour ce qui devaient être des vacances agréables.

3 « évènements » qui ont changé le cours de ma vie et m’ont obligé, ce que je ne souhaitais pourtant pas, à vivre de manière différence.

3 « évènements » qui ont mis à mal ma croyance au Père Noël…

Le 1er c’est la volée de bois vert que m’a mis sur le journal l’Equipe un « collègue » bien intentionné… Il devenait alors évident pour moi que le poste pour lequel ça ne se bousculait pas il y a 4 ans attisait déjà beaucoup de convoitises…

Le 2ème c’est un coup de fil piège cher à Bernard Dolet qui, s’il n’a pas réussi à me piéger, m’a fait changer, sous le conseil bienveillant de Jean Louis Morin, dans ma manière d’utiliser mon téléphone portable. A compter de ce fameux coup de fil de Bernard Dolet, je ne réponds plus aux numéros masqués ni aux numéros qui ne sont pas enregistrés dans mon téléphone…  

Le 3ème est peut-être celui qui m’a fait le plus peur…

Au point presse des Champs-Elysées à la question d’un journaliste sur ce que j’allais faire dans les prochains jours j’avais répondu tout à fait sincèrement : « Vacances à Golfe Juan où je languis de retrouver ma famille et la famille Allinéi, des amis de longue date, qui tiennent un super restaurant « Le bistrot du Port » où l’on mange la meilleure bouillabaisse de la Côte d’Azur ».

Quand à Golfe Juan le jour de cette fameuse bouillabaisse arriva, Dédé, « le patriarche » et ses fils Matthieu et Thomas me racontèrent une histoire peu banale.

La veille, un client, sans réservation, était venu s’installer en terrasse et avait commandé une bouillabaisse. Ce restaurant étant plus une (grande) table d’habitués que de gens de passage, la famille Allinéi fût surprise et à la fin du repas ne manqua pas de demander à cet « étrange » client qui leur avait donné leur adresse.

Et ils eurent comme toute réponse : 

« J’adore le coach de l’équipe de France, Bruno Bini et il a dit que votre bouillabaisse était la meilleure de la Côte d’Azur alors j’ai fait un peu plus de 100 kilomètres et je suis venu la déguster. Et le coach a raison, elle est fameuse votre bouillabaisse ».

Quand ils ont raconté ça, tout le monde a rigolé sauf moi. Une petite lumière s’est allumée dans ma tête et j’ai su que, de ce moment-là, j’allais devoir être « en contrôle » de mes paroles publiques.

Et j’avoue franchement que cela m’a fait peur… 


Deux chansons pour deux joueuses…

Au  moment de prendre des décisions « fortes » je me suis toujours posé la même question : « Qu’est ce qui est bon le groupe ? ». Je me suis aperçu au fil du temps que ce qui était bon pour le groupe l’était à un moment donné pour moi alors qu’il pouvait arriver que ce qui était bon pour moi ne soit jamais bon pour le groupe…

J’ai donc toujours privilégié le groupe par rapport aux individus le composant.

Mais aujourd’hui je vais déroger à la règle.

Je vous vois venir avec vos gros sabots…

«Il va encore nous parler de Thiney et Nécib »…

Et bien non car tout a été dit, ou presque, sur ces deux joueuses avec qui j’ai pris un plaisir infini « à travailler ».

Aujourd’hui je vais vous parler de Sandrine Soubeyrand et… Caroline Pizzala pour lesquelles j’ai choisi deux chansons pour les symboliser.

Sandrine Soubeyrand : « Juste quelqu’un de bien » Enzo Enzo

« Deux routes ont divergé dans un bois et moi, j’ai pris celle qui était la moins empruntée et cela a fait toute la différence » Robert Frost

Quand j’ai pris l’équipe, Sandrine croyait, ou on lui avait fait croire, qu’elle serait mise sur une voie de garage… Il n’en fût rien. Au contraire, je lui ai rapidement demandé de passer me voir à la fédération. Je lui expliqué ce que j’attendais d’une capitaine, quel allait être le projet de vie que j’allais mettre au service de notre projet de jeu. Et je lui ai demandé d’être la capitaine de cette équipe. Un peu surprise au départ, elle a relevé le challenge. Je n’ai eu qu’à m’en féliciter… Durant toutes ces années, elle a été admirable sur et en dehors du terrain. C’est une des très belles rencontres qu’il m’ait été donné de faire… Malgré « sa fonction » elle ne m’a jamais rien demandé. Elle n’a jamais revendiqué une place de titulaire pour elle ou pour une autre joueuse (si toutes avaient eu cet état d’esprit !!!). Ses performances sur le terrain, y compris lors du dernier Euro en 2013, ont été remarquables.

Je suis content d’avoir pris une route qui n’était pas très fréquentée afin de faire le chemin avec en sa compagnie. Et permettez-moi de préférer les petits chemins qui sentent bon la noisette si chers à Mireille du Petit Conservatoire de la Chanson aux autoroutes puant l’essence et le gasoil…

Enzo Enzo chantait sur des paroles écrites par Kent …

 « Une amie à qui l’on tient

Juste quelqu’un de bien

Quelqu’un de bien »

Je peux vous l’assurer « Soub » c’est juste quelqu’un de bien, quelqu’un de bien…

Merci pour tout encore et encore Sandrine.

Caroline Pizzala : « Modeste » Georges Brassens

Brassens pose le décor d’entrée :

« Les pays c’est pas ça qui manque

On vient au monde à Salamanque

A Paris, Bordeaux, Lille, Brest

Lui, la nativité le prit

Du côté des Saintes Maries,

C’est un modeste… »

Caroline Pizzala est née proche des Saintes Marie dans un quartier de Marseille. Elle est dans l’esprit de la chanson de Brassens : c’est une modeste…Et Marseillaise jusqu’au bout des ongles…

Je l’avais remarqué lors d’une finale régionale d’une coupe des jeunes en Ligue de la Méditerranée alors qu’elle jouait à Marseille Sud Roy d’Espagne, club d’un quartier marseillais.

Elle a obtenu 17 sélections en équipe de France dont 16 avec moi.

Elle a fait partie des « campagnes » de la coupe du Monde 2011 et des Jeux Olympiques 2012.

« Caro » n’a pas été la meilleure joueuse que j’ai eu à sélectionner. Par contre sa polyvalence (elle pouvait jouer milieu de terrain et à tous les postes de la défense) faisait d’elle une  « titulaire qui débutait presque jamais » de choix.

Avec son caractère méditerranéen bien trempé, chaque fois que j’ai fait appel à elle, elle a su répondre présente.

Il est vrai qu’à Marseille « On craint dégun » !!!

De caractère affable, très souriante dans la vie de tous les jours, elle était cependant le contraire sur le terrain.

C’était quelqu’un de « modeste » dans le sens de la chanson de Brassens.

C’est aussi grâce à des joueuses comme cela que le groupe a bien vécu…

Elle est rentrée une fois contre la Suède à la Coupe du Monde en 2011 mais pour Caro, pas question d’en faire un plat car comme le chantait Brassens :

« Si tu n’as pas tout du grimaud,

Si tu sais lire entre les mots,

Entre les faits entre les gestes,

Lors, tu verras clair dans son jeu,

Et que ce bel avantageux,

C’est un modeste… »

Merci à toi Caroline et permets moi de te dire une chose :

Je suis presque persuadé que s’il n’y avait eu que des joueuses comme toi on aurait peut-être pas pu faire ce que l’on a fait dans cette Coupe du monde mais que c’est grâce à des joueuses comme toi que l’équipe a pu faire ce qu’elle a fait durant cet été allemand…

 

La chanson du coach…

Je me suis toujours organisé pour que veille de match au soir on ait toujours fait ce que l’on avait à faire sur le jeu. Vidéo des équipes adverses, travail sur le terrain lié avec ces observations, mise en place de l’équipe… Pratiquement, tout ce qui était purement « football » était fait. La causerie, le matin du match, servait à donner la composition de l’équipe, à faire quelques rappels simples sur le match à venir… mais elle était surtout un moment où je passais des clips « de motivation »…

Le Président Le Graët venu nous voir en Allemagne en fut un peu surpris car de nombreuses chansons émaillaient cette causerie. Chansons dont il dira plus tard dans le livre de Claire Gaillard «  La grande histoire des Bleues » et je le cite : « Toutes les chansons dont il parlait, qu’il choisissait, étaient optimistes. Il leur transmettait de la confiance, et les filles adhéraient » Dans le même livre Sandrine Soubeyrand dira, parlant de moi : «Son mode de fonctionnement, son management, c’était le bien vivre ensemble pour bien jouer ensemble. Au début, ça faisait sourire… »

C’est dans le Var, pendant un rassemblement de l’équipe de France « B » que nous avions mis en place pour faire une revue d’effectif qu’est née « la chanson du coach ». Louisa Nécib, la marseillaise, venue nous saluer en voisine me dit : « Toi qui écris des chansons, pourquoi tu n’écris pas ta propre chanson du coach au lieu de nous passer des chansons des autres ? ». Je me mis donc au travail d’écriture et Paul Gérard Savelli, alors Conseiller Technique Régional de la Corse, se mit en quête de trouver une mélodie. Avec Paul Gérard nous avons une vingtaine de chansons faites en commun, lui pour la musique et moi pour les paroles, qui sont enregistrées à la SACEM…

Les paroles de cette chanson résument assez bien l’état d’esprit général que je souhaitais donner à « ma sélection »…

En voici les paroles :

« Chaque personne présente va donner c’est certain

Le meilleur d’elle-même aujourd’hui et demain

Pour faire avec plaisir ENSEMBLE le chemin

Notre projet de vie nous tiendra par la main…

De celle qui joue beaucoup à celle qui ne joue pas

C’est une troupe unie qui ensemble rêvera

L’équipe trouvant sa force dans des valeurs comme ça

Notre projet de jeu nous suivra pas à pas…

C’est la chanson du coach

Sur trois notes de musique

Qui pour une AVENTURE

Simplement  vous invite…

C’est la chanson du coach

Sur trois notes de musique

Qui a bien vivre ENSEMBLE

 Simplement  vous invite…

C’est la chanson du coach

Sur  trois notes de musique

Qui a bien jouer ENSEMBLE

Simplement  vous invite…

Dans notre équipe bien sûr tout l’monde est important

De celle qui débute à celle qu’est sur le banc

Et quand le groupe ENSEMBLE s’en ira souriant

Notre projet de jeu sera un confident

Des qualités des autres chacune doit profiter

Parce que c’est comme ça que l’on va progresser

Des autres les défauts chacune doit accepter

Notre projet de vie nous fera avancer…

C’est la chanson du coach

Sur trois notes de musique

Qui pour une AVENTURE

Simplement  vous invite…

C’est la chanson du coach

Sur trois notes de musique

Qui a bien vivre ENSEMBLE

Simplement  vous invite…

C’est la chanson du coach

Sur trois notes de musique

Qui a bien jouer ENSEMBLE

Simplement  vous invite… »

Il y a, à mon sens, une très grande différence entre vivre une aventure et disputer une Coupe du Monde…


Mes 4 lieux « refuges »

On a, il me semble, tous, des lieux qui nous permettent, pour des raisons diverses, de nous ressourcer, de nous refaire la cerise comme on dit chez moi…

Il y en a 4 très importants pour moi qui, au gré de mes joies et de mes peines, de mes certitudes et de mes doutes, me sont un refuge voire un sas obligatoire…

Le premier c’est bien sûr, vous l’aurez compris, Golfe Juan… C’est là que j’y retrouve ma famille, mon frère et ma sœur et quelques amis.

Le deuxième c’est Laragne, mon village d’enfance dans les Hautes Alpes. Là-bas je ne suis pas le sélectionneur… Je suis simplement Bruno le fils de Pierre, le petit fils d’Auguste et mes vrais amis, les Vial, Dussaillant, Chastel, Alphand, Armand, Ricard, Pinet, Bonnet, Sicard, Agnel, Isnard et les autres ont souvent mis en place pour moi « un cordon sanitaire » fait d’amitié, de parties de cartes, de parties de boules, de champignons, de sanglier et de franches rigolades qui m’ont toujours fait le plus grand bien…

Un cousin de mon père, Félix Morandi, 95 ans aux prunes et l’œil frais comme un gardon m’y héberge. J’y retrouve souvent Mimi, ma délicieuse marraine…

Le troisième c’est Cervione en Corse.

J’aime à me retrouver, avec mon complice Paul Gérard Savelli et sa famille, sur la traverse de Cervione…

J’aime aller manger des « vrais » plats corses sur les hauteurs de Cervione, où le temps semble s’être arrêté, à la Scupiccia chez Freddy…

J’aime aller écouter des concerts de jazz dans les jardins du couvent de Cervione…

J’aime aller écouter aussi bien les concerts de « I Mantini » que ceux de « I Muvrini » …

J’aime quand Jean Franceschetti, en faisant cuire les poissons de sa pêche, me raconte son île de beauté… de grande beauté…

Je dis souvent que j’ai besoin d’aller en Corse au moins une fois par an sinon je me retrouve dans la situation d’une personne atteinte de rhumatismes qui ne ferait pas sa cure annuelle…

Cela fait un peu plus de deux ans que je ne suis pas allé en Corse…

Il est grand temps que je pense à y aller pour faire ma cure…

 J’aime profondément la Corse et je suis toujours peiné quand on en dit du mal…

Le quatrième c’est à Cabriès entre Aix en Provence et Marseille… Chez Jacquie et Axel Guérin, qui furent nos voisins à Laragne.

Chez eux il y a tout le temps un lit de prêt pour moi, il y a tout le temps une daurade prête à cuire pour moi, il y a tout le temps un concours de jeu provençal à faire avec Axel…

Mais chez eux il y a , tout le temps, des tonnes d’amitié à donner…      

Au moment où je termine ce 7ème et dernier billet, mais comme chacun le sait « jamais » et « toujours » sont les deux plus grands menteurs de la vie, l’équipe de France est éliminée en ¼ de finale de « sa Coupe du Monde ».

Et je suis triste.

Triste pour les joueuses, même si quelques-unes d’entre-elles (peu nombreuses il est vrai) ont été, à la lueur des sunlights médiatiques frappées d’une amnésie rare et n’ont pas hésité à me faire quelques mauvais tacles.

Je n’ai pas demandé la VAR !!!!

Je n’ai pas répondu.

Si je l’avais fait, une paire aurait pu être en grande difficulté pendant ce mondial.

J’ai toujours eu pour ligne de conduite de protéger « mes joueuses » et je ne changerai pas…

Triste pour « Coco » et son staff qui se sont donnés à fond. Leur déception doit être à la hauteur de leurs espérances. Je connais ça. Je suis passé par là.

Triste pour les gens de la fédération qui ont œuvré depuis des années pour réussir pleinement cette Coupe du Monde. La défaite contre les USA ne doit pas masquer, et même si les filles ne verront pas Lyon, le travail énorme du Président Le Graët, de Brigitte Henriques, d’Erwan Le Prévost et de beaucoup d’autres.

Triste pour les fans qui ont soutenu les Bleues et qui eux aussi auraient bien voulu les soutenir encore un peu.

Et triste enfin pour moi car les médias vont continuer, si Dieu me prête vie, à m’emmerder pendant 4 ans (voire 5 ans si l’on compte les Jeux Olympiques) avec le fait qu’à ce jour, je suis le seul coach à avoir conduit l’Equipe de France féminine en ½ finale d’une compétition mondiale.

Je n’en tire aucune gloriole.

Je pense que j’ai fait tout ce que devais faire dans mes fonctions de sélectionneur de l’Equipe de France féminine.

Je pense en avoir fait de même dans mon rôle de consultants sur Canal+ pendant cette Coupe du Monde…

Il est vrai que montrer son cœur et ses valeurs sont choses rares pour un coach…

Pourtant sommes-nous autre chose que « des passeurs de sens » et de « joyeuses machines humaines » promptes à absorber toutes les angoisses et les agonies d’opinions publiques ou journalistiques plus ou moins bien pensantes ???

Le projet de vie et l’aventure humaine sont, pour moi, les seuls chemins possibles pour bien faire ensemble et s’ouvrir tous les chemins de l’exploit. Notre football féminin doit encore mieux le comprendre et intégrer que seule l’équipe gomme les peurs et renforce les talents.

A défaut, nous serons peut-être condamnés aux défaites héroïques en quart de finale, à la rotation permanente des entraîneurs et surtout et avant toute chose, à la peur de mal faire, aux peurs d’enfants et aux pensées parasites. Et si, seule la philosophie du bonheur et le faire ensemble, permettaient d’accepter ses vulnérabilités et vaincre ses démons…

« On » dit souvent le contraire et « on » a toujours un avis sur tout et son contraire, mais ceux qui jouent leurs réputations à chaque compétition le savent bien… «On» n’est qu’un con !!!! 

Concernant mes rapports à l’Equipe de France, peut-être que c’est Serge Lama qui possède une de mes clés quand il chante :

« Mais d’aventures, en aventures

De trains en trains, de ports en ports

Je n’ai pu fermer ma blessure

Parce que je t’aime

Je t’aime encore… »

Ecrire ces 7 billets m’a permis, entre autres, d’avoir l’occasion d’ouvrir  l’armoire aux souvenirs… L’armoire aux bons souvenirs… L’armoire aux très bons souvenirs…

Et qui mieux que Guillaume Apollinaire aurait pu m’accompagner dans cet exercice… lui qui écrivait dans son recueil de poèmes « Alcools » :

« Passons, passons, puisque tout passe

Je me retournerai souvent

Les souvenirs sont cors de chasse

Dont meurt le bruit parmi le vent… »

Et je vous assure que pendant ces quelques jours,  j’ai eu grand plaisir, très grand plaisir à écouter le bruit du son des cors de chasse mourir parmi le vent de La Chapelle Saint Mesmin, de l’hôtel Mercure Porte de Saint Cloud et parmi le bureau de Katy à Canal+…


26 juillet 2011… Golfe Juan…

Le mot de la fin ira à Brigitte mon épouse qui, alors que j’étais arrivé à Golfe Juan depuis une semaine, m’a dit sans ambages :

« Bon, avec Bérangère à partir d’aujourd’hui on s’occupe plus de toi…

 Par contre tu seras gentil de nous dire quand tu seras rentré d’Allemagne pour qu’on puisse enfin passer des vraies vacances ensembles »…

Mais comme d’habitude, comme de mauvaise habitude devrais-je dire, au bout de 10 jours j’étais certes à peu près rentré d’Allemagne mais ma tête était déjà tournée vers Lens et le match contre la Pologne…

Gaby Robert, qui fût le grand maître (des gens de ma génération) de la DTN, appelait les femmes des sélectionneurs, des entraîneurs et des cadres techniques « les demi-veuves ».

Ce sont à ces épouses-là que l’on devrait offrir des médailles…

Bruno Bini

FIN… Peut-être…