#10AnsCFC - Interview Paga : "Le terrain c'est ma vie, ça fait partie de moi"

Posté par Communication sport le 11 Décembre 2018

Devenu une institution du journalisme de terrain, Paga est à l’écran comme dans la vie : sans filtre et adorable. Interview d’un interviewer qui a encore de beaux jours devant lui. "On le lui souhaite en tout cas, il le mérite."

 

 

Quand le CFC débarque en 2008, ça fait déjà plus de dix ans que vous êtes journaliste de terrain pour CANAL+. Finalement, ça ne change pas grand-chose à votre rôle.

Ah si, ç’a changé la donne ! Mon rôle a évolué. Avant, on gérait tout sur le terrain, on prenait l’antenne vingt minutes avant et on restait au stade pendant deux heures. Avec le CFC, on est sur le plateau avant le match, on y retourne à la mi-temps et après pour le débrief. Le plateau est devenu prioritaire par rapport au stade, c’est le match qui rentre dans l’émission. Quand sur le plateau ils parlent d’un joueur ou d’un fait de jeu, l’équipe qui est au stade, le réalisateur, les commentateurs et moi qui suis au bord du terrain, on va essayer de faire le lien avec ça, d’aller voir les acteurs. Avant, je faisais ma vie, je partais dans tous les sens… Là, il a fallu que je sois plus collectif.

Le fait de passer en clair dans le CFC a aussi joué sur votre notoriété, vous avez touché le grand public.

À l’époque, je n’avais qu’une femme, maintenant j’en ai cinq (rires) ! Effectivement, le public n’est pas le même. Avant, il n’y avait que les abonnés CANAL+, des connaisseurs de foot. Aujourd’hui, quand je me balade dans la rue à Metz, à Nancy ou à Lille, les gens qui viennent me parler ne sont pas forcément des fans de foot. Des femmes, des grands-mères, des grands-pères m’abordent pour me dire qu’ils n’aiment pas le foot, mais que je les fais rire. Ça, ça me plaît. Moi, j’aime les gens. Et j’aime bien qu’on se moque de moi aussi. "Ouais, Paga il dit des conneries…"

"Le Défi de Paga", vous en gardez quoi dix ans plus tard ?

Vous savez que j’ai encore des gens qui viennent me voir pour m’en parler. Je pense que ça aurait dû exister éternellement. Mais ça s’est arrêté par ma faute. Je connais Hervé, je connais les gars, ils sont dans le timing, les trucs carrés et tout. Moi, je ne suis pas là-dedans. Et à la fin, les mecs ne me contrôlaient plus tellement je devenais complètement jobard. Je débordais en termes de temps et j’allais parfois trop loin et ils ont eu peur. Je me suis mis temps devant mon micro, avec un qui voulait reprendre le jeu et l’autre pas. J’ai vécu des trucs de dingue. Le soir où Saint-Étienne est champion de D2, ils m’ont recouvert les cheveux de farine, de beurre et de tout un tas de trucs. Le lendemain, j’ai dû me raser la tête. De grands souvenirs.

Jamais de problèmes avec des joueurs ?

Ibrahimovic, il m’a regardé avec un air… Comme Balotelli. Mais je ne me suis jamais fait rembarrer par un mec, qui m’aurait dit : "Casse-toi, tu me fais chier." Si, ça m’est arrivé une fois, c’était à Lyon avec Fournier qui m’a dit qu’il ne parlait pas à un ancien Stéphanois. Mais le lendemain, Aulas, Lacombe et même lui se sont excusés. C’était réglé, on en a rigolé plus tard.

Vous n’avez jamais voulu faire autre chose que du bord-terrain ?

Si, mais… Vous savez, j’ai eu la possibilité. Denisot m’avait proposé de commenter avec Gilardi, d’animer une émission. Mais non, je suis heureux dans ce que je fais. C’est le terrain, c’est ce qui me plaît. Je discute avec tout le monde, je suis au contact des joueurs, je suis dans mon élément. J’ai arrêté ma carrière tellement tôt [27 ans] que le terrain a fini par me manquer. Quand tu es en haut, en tribune de presse ou en plateau, ou devant ta télé, tu ne ressens pas les mêmes choses. Alors oui, il y a eu des moments difficiles où je me disais : "Putain, je suis crevé, j’aimerais faire autre chose." Mais ça dure un quart de seconde. Parce qu’au final, c’est ça, ma vie. Ça fait partie de moi. Je ne me vois pas ailleurs, je le ferais s’il fallait, mais tout me ramène comme un aimant vers le terrain. J’en ai besoin. Et puis, l’impro, ça me plaît, ne pas savoir ce qui va arriver. Aller parler à un mec ou non, dire une connerie ou non, j’ai la liberté et ce côté électron libre me plaît vraiment.

Et sur d’autres chaînes ?

TF1 est venu trois fois, la 2, la 3, la radio aussi, RMC, RTL. Mais j’ai toujours été fidèle à Ý et je le resterai. La fidélité, c’est important, Et puis, à Ý, on traite le foot comme on ne le à poil pour rentrer dans un truc rempli de glaçons [bac de cryothérapie], la semaine après la grippe aviaire je suis arrivé en tenue de docteur pour faire une piqûre à Giuly… C’est dommage parce que les supporters, les téléspectateurs et même les footballeurs, ça ne les choquait pas. Mais la chaîne a eu peur. C’était soit je revenais à des trucs basiques, ce qui ne me convenait pas, soit je continuais dans mes excès et ils ont préféré dire stop. Ça s’est arrêté comme ça, au milieu de la deuxième saison. C’est con, les gens l’adoraient et les acteurs du foot se prêtaient au jeu.

On sent que c’est un vrai regret…

Ah ouais… J’aurais pu faire des trucs vraiment déjantés. J’avais accès à tout, je pouvais faire les échauffements avec les mecs, entrer dans le vestiaire pour assister à la causerie, tout ! Mais la chaîne a paniqué pour rien. Et certains des nouveaux consultants, d’anciens joueurs qui venaient d’arrêter leur carrière, n’étaient pas chauds non plus et ne comprenaient pas. Alors que c’était bon enfant. D’ailleurs, je n’ai jamais eu aucune plainte, ni d’un joueur, ni d’un entraîneur, ni d’un arbitre, d’un délégué ou d’un spectateur. Jamais, au contraire. En tous les cas, le défi s’est arrêté au moment où ça marchait le mieux. C’est comme Michel Fugain quand il a arrêté le Big Bazar (rires).

Quels sont les joueurs qui vous ont marqué en interview ?

Il y a eu des trucs forts, des trucs marrants, des joies, des tristesses. Avec Loulou Nicollin, j’ai vécu des trucs énormes. À Lens aussi, l’année où ils sont champions, des trucs parfois complètement aberrants. Je me souviens de Tapie et Guy Roux en même traite pas ailleurs. Beaucoup sont partis, à droite à gauche. Tant mieux pour eux, mais je trouve que chez nous, c’est chez nous. C’est notre maison. Et puis j’ai toujours eu la chance d’avoir des patrons qui ne m’emmerdaient pas.

Tu n’as jamais voulu apprendre l’anglais ou l’espagnol ?

Non, jamais. Si je voulais parler anglais et espagnol, je pourrais. Ça fait vingt ans que je vais à Miami, où on ne parle qu’anglais et espagnol. Mais justement, non. Si je parle anglais, il y a deux personnes sur dix devant leur écran qui vont comprendre ce que je dis. Avec ma façon à moi de parler anglais, dix personnes sur dix comprennent (rires). Mais surtout, l’important, c’est la réaction des joueurs. Quand les gars ne comprennent pas ce que je dis, il y a tout de suite un regard, une réponse, une attitude qui sont différents. J’adore Nelson Monfort, mais je ne peux pas faire du Nelson Monfort. Je suis Paga avec ma langue à moi que j’ai créée, qui est un mélange de français, d’anglais et d’espagnol. Et puis je vais te dire : quand tu veux faire une vraie interview d’un mec, avec un contenu sérieux et riche, tu ne la fais pas pendant un match. Nous, on est dans le spontané, ça va vite. On est là pour qu’il y ait un moment un peu différent, un peu extravagant, auquel les mecs ne s’attendent pas. Des journalistes qui parlent bien anglais dans le foot, il y en a plein. Mais des moments différents ou décalés, il n’y en a pas tant que ça.

C’est sûr qu’à vous, ils ne peuvent pas répondre que l’important, c’est les 3 points…

Hahaha, mais c’est ça. L’important, c’est les émotions, les fous rires, les engueulades, ce sont tous ces moments-là que je veux montrer. La victoire, la défaite, pfff… On s’en fout ! Je ne veux pas faire Freud, hein ! Mais si j’ai passé plus de moments marrants que sérieux, c’est aussi parce que c’est ce que veulent les gens. Le côté technique, ils s’en foutent. Ce qu’ils veulent, c’est de l’émotion, c’est se marrer.

 

 

Extrait du livre collector spécial 10 ans du Canal Football Club aux éditions Marabout, disponible en librairie.

 

 

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