Vingt-cinq, la série qui met "Sex in the City" au masculin.

Quand on a appris la sortie de Vingt-Cinq, série française à la Girls écrite par Bryan Marciano, un des auteurs du Brio, d'Yvan Attal, produite par Géraldine Nakache, on était entre l'envie et la crainte. L'envie, parce qu'enfin une série française sur une bande de jeunes mecs avec de telles références, la crainte, parce que dès lors qu'on compare à Girls ou à Sex in the City et a fortiori avec des personnages principaux masculins et en français, on se dit que ça sentira forcément un peu trop la testostérone et les plats surgelés dans un studio de 15 m2. Et bien... pas du tout. Vingt-cinq est une pépite, une série générationnelle où tout sonne parfaitement juste, des parents un peu gênants qui aimeraient qu'on ait tous des vies bien cadrées alors qu'on se sent encore ado aux ex qu'on n'arrive pas vraiment à oublier. 

La série raconte la crise du quart de vie de Jeremy, qui se fait larguer comme un malpropre à peine la douane de Roissy passée, comme ça, l'air de rien, en rentrant de New-York, et de ses potes, tous déjà abîmés mais pas tout à fait désillusionnés par une vie qu'ils ne demandent qu'à vivre pleinement sans savoir encore comment. Il y a Adrien, jeune marié exilé en banlieue dans un pavillon "à 15 minutes de la porte de Gentilly", avec crédit immobilier de 25 ans et boulot de comptable pas vraiment épanouissant. Il y a Alex, qui se rêve entrepreneur et qui a fraudé à la carte scolaire pour pouvoir faire ses années lycées à Paris plutôt qu'à Sarcelles mais qui revient quand même pas mal de fois chez sa mère - FOLLE - pour notre plus grand plaisir (et pour avoir enfin la recette inédite des boulettes juives tunisiennes). Et puis il y a Jonas, le BG bourge qui vit seul comme un prince dans l'ancien appart de son père en mangeant ses Miel Pop's au Bailey's à même son parquet point-de-Hongrie et qui ne sait pas encore s'il est hétéro pour l'amour ou gay pour le sexe, ou l'inverse ou les deux. Au delà du seul personnage de Jonas, la série pose assez finement la question de la sexualité d'un homme de 25 ans à l'ère #MeToo et, nous montre, enfin, ne serait-ce que par cette scène géniale d'une discussion de 4 heures avant l'envoi d'un texto, que l'homme est une femme comme les autres.

Il y a donc dans Vingt-Cinq des dialogues ciselés, des situations parfaites d'une réalité qui semble presque vécue, jamais de caricature ou alors juste ce qu'il faut, jamais méchante, jamais agressive, et toujours, toujours, énormément de bienveillance, comme s'il y avait entre ces quatre potes une histoire de bromance qui ne finira jamais. Comme si, aussi, Bryan Marciano avait une immense tendresse pour cet âge où on est censés être déjà adultes, déjà tout savoir, déjà avoir un projet professionnel, voire carrément penser à avoir des enfants, mais où, évidemment, rien ne se passe comme on voudrait, parce que la crise d'ado s'allonge à mesure que la calvitie arrive. Un peu plus vite que prévue. 

Actuellement sur OCS et myCANAL. 

Posté par Philippe COUSSIN-GRUDZINSKI le 21 Novembre 2018