Vikings : Interview de Michael Hirst, showrunner de la série
Posté par La rédaction de CANAL + le 31 Décembre 2018
CANAL + SERIES continue la diffusion de la saison 5 de Vikings, et ses bouleversements pour tous ses héros et héroïnes. En attendant de découvrir la suite des événements, plongez-vous dans l’interview du créateur et showrunner de la série, Michael Hirst.

À vos yeux, quelle est la partie la plus difficile à tourner dans toute la série ?

Je pense que la chose la plus difficile c’est de mettre les bateaux à l’eau. Ils sont vraiment bien faits, mais ils ne sont pas vraiment stables. Sinon, j’essaye de ne pas me limiter quand je pense au scénario et quand j’imagine ce que feraient les vikings. Je n’ai pas envie de me censurer et me dire ‘Ce sera peut-être compliqué de tourner ça’ parce que je veux de vrais défis, repousser les limites de la série aussi loin que je le peux. Je me souviens d’avoir lu quelques descriptions où les vikings démontaient leurs bateaux si un obstacle leur faisait face sur l’eau, porteraient les morceaux en traversant les montagnes ou autres, et reconstruisaient ces bateaux de l’autre côté, en contre bas. Je me souviens avoir dit à Mark Geraghty, notre chef décorateur : "J’ai lu ça, j’aimerais bien qu’on le montre, mais je sais qu’on ne peut pas le faire." Mais il y a peut-être une façon similaire de le faire. Deux mois plus tard, je regardais un bateau, un bateau Viking, hissé sur la falaise puis entraîné dans une forêt pour une scène. C’était tout simplement incroyable. Donc ne mettez pas de limites à ce que vous pouvez écrire et tourner.

Qu’est-ce qui vous attire le plus dans le fait d’écrire sur l’époque médiévale ou l’ancien temps, plutôt que l’époque contemporaine ? 

J’ai écrit quelques trucs contemporains, mais je me sens moins à l’aise là-dessus. William James, le philosophe a décrit l’expérience de ce que ressens un bébé tel un chaos effrayant et florissant, et c’est ce que je pense de la vie contemporaine. Je préfère avoir de la perspective et du contexte quand j’écris. J’ai un parcours académique, j’ai été à l’université pendant 9 ans, donc j’adore l’aspect recherches de mon métier. Et c’est de ça que les idées, les personnages et les intrigues émergent, de ces recherches, ces lectures, ces réflexions. Et ce processus, que le poète John Dryden appelait « idées et pensées qui se bousculent dans le noir », ce processus créatif est très important pour moi et j’y prends énormément de plaisir. J’aime cette idée que ça prenne racine dans quelque chose de réel.

Est-ce qu’il y a une liberté créative plus grande parce que cette époque viking est si lointaine dans l’Histoire ?

Je ne suis pas supposé le penser parce que je suis supposé être coincé quand on me demande : "est-ce fidèle ?". Mais oui, je pense que ça libère mon imagination, parce qu’il y a beaucoup d’occasions de penser : "Je n’aurais pas pu l’inventer". C’est insensé de penser que les événements qui prennent place dans la série ont réellement eu lieu. Si vous inventez des choses qui viennent de votre propre tête, alors vous êtes limités par votre propre cerveau. Et si vous n’avez pas eu certaines expériences, alors vous ne savez pas, mais vous pouvez lire à propos d’autres personnes qui ont eu ces expériences. Donc c’est libérateur. Je suppose que la vraie réponse c’est qu’à l’école je ne pouvais faire que deux choses à part le sport : l’anglais et l’histoire. J’ai donc combiné les deux pour en faire ma carrière.

Vous récitez l’histoire d’une certaine façon, mais vous dites que vous êtes aussi un conteur. Y a-t-il des changements de dernières minutes que vous avez du faire pour rester factuel ?

Le processus commence avec de la lecture et des notations sur certains événements. Et rappelez-vous, c’est le Moyen-Âge. Il y a beaucoup de spéculations. On ne connaît pas beaucoup de choses et les Vikings étaient principalement décrits par leurs adversaires, par de moines chrétiens notamment. J’imagine donc une intrigue avec nos personnages et je demande à Justin, notre conseiller historique, si c’est plausible. Et non pas si c’est fidèle à l’histoire, parce qu’à part si tu vivais à cette époque, tu ne peux pas être capable de dire ce qu’il s’est passé. Il est immergé dans ce monde et a accès à beaucoup plus de faits que moi, donc c’est logique que je lui demande si c’est plausible. J’ai besoin de réconfort par rapport à ça. Je sais qu’il y avait un temple païen en Suède où des pratiques de sacrifices humains ont été décrits. Mais le fait que les Vikings se portent volontaires pour être sacrifiés c’était mon idée, alors qu’il n’y a aucun écrit là-dessus, et qu’il s’agissait sûrement d’esclaves sans intérêt pour ces païens. Mais quel intérêt pour les Dieux de se voir offrir ces âmes, alors qu’ils peuvent avoir un sacrifice qui compte ? Donc j’invente des trucs comme ça, mais ils prennent racine dans le réel.

Comment avez-vous décidé du handicap d’Ivar ? 

J’avais besoin de beaucoup de drames. C’est une série dramatique et le plus terrible là-dedans c’est d’avoir un chef et guerrier Viking célèbre handicapé. Qui pourrait imaginer ça ? Ça offre un vrai défi à l’acteur. Il y a quelques écrits qui évoque les difficultés d’Ivar à se déplacer, et le fait qu’il était porté sur un bouclier sur les champs de bataille. Donc je me suis penché là-dessus, et j’ai décidé de lui donner la maladie des os de verre. J’ai fait des recherches et j’ai rencontré des personnes atteintes de cette maladie, et leur famille, pour avoir leurs descriptions exactes de ce qu’ils vivaient. Par exemple le blanc des yeux qui tournent au bleu quand il y a un danger d’os brisés. Nous avons utilisé ça, parce que c’est extrêmement dramatique.

Quand vous avez commencé, saviez vous que l’histoire allait être si longue, avec de nombreuses saisons ? 

Non, on ne le sait jamais. C’est entre les mains des Dieux. Ça dépend vraiment des audiences.

Combien d’épisodes ont été commandés au départ ?

Il y a 9 épisodes qui ont été commandés, curieusement. Mais c’est un chiffre magique. J’avais une idée précise de ce que je voulais raconter. Je voulais absolument faire l’attaque de Paris parce que je savais à quel point cela pouvait être spectaculaire et extraordinaire à recréer. Et je voulais que les Vikings arrivent en Amérique du Nord, même si le voyage allait être long. C'était un voeu pieux de ma part parce que plus de la moitié des nouvelles séries sont annulées.

Vikings ressemble plus à une pièce de théâtre moderne plutôt qu’une série télé. Quelle est la différence ? 

L’une des différences d’un point de vue d’un scénariste, c’est qu’on ne peut pas changer le texte d’une pièce de théâtre. Il n’y a pas de discussion à avoir avec ceux et celles qui l’ont écrite. Au contraire, mon travail est totalement collaboratif. Et je change les choses tout le temps. La série évolue et peut changer même lors du montage. Un bon monteur peut modifier tout un épisode. C’est vraiment fluide. Mais c’est vrai qu’il y a une certaine théâtralité, et je l’ai réalisé il y a peu, quand je voyais les acteurs répéter dans les décors de la série. Mais la vraie différence avec le théâtre c’est la caméra, et je m’en suis rendu compte de ça quand le directeur de la photographie m’a proposé de regarder à travers la caméra il y a deux ans. La caméra transcende l’image, les scènes, le média.

Quelle est la chose la plus importante quand il faut prendre des décisions par rapport au casting ?

Ce que j’aime vraiment faire, c’est caster des inconnus, parce que je n’aime pas vraiment les personnes qui ont déjà de l’expérience. Parce qu’ils l’utilisent pour comparer leurs différentes performances, avec ce nouveau rôle. Donc je préfère des acteurs qui n’ont rien vécu, et qui s’immergent vraiment dans leur personnage. Mais ça veut dire qu’on prend un risque aussi. Pour autant, nous avons un casting incroyable. La chose la plus incroyable est arrivée quand on cherchait les acteurs pour jouer les fils de Ragnar. Beaucoup sont venus, et Alex Høgh était l’un d’entre eux, mais il n’était pas là pour le rôle d’Ivar. Mais c’était clair dès sa première audition qu’il était vraiment talentueux, et j’ai demandé à ce qu’il lise le rôle d’Ivar, alors qu’il ne s’était pas préparé à ça. Il nous a juste demandé si Ivar souffrait, mais nous n’avons pas vu cette souffrance dans sa performance. Ce n’est qu’en regardant l’audition sur vidéo par la suite que nous l’avons vu dans ses yeux. Je savais alors qu’il était la personne parfaite pour incarner Ivar. Et depuis il est absolument spectaculaire à regarder. Un acteur incroyable.

Retrouvez la seconde partie de la saison 5 de Vikings tous les jeudis en US+24 sur myCANAL et tous les vendredis à 22h15 sur CANAL + SERIES.