Toutouyoutou (OCS), une série féministe unique sur l’émancipation par l’aérobic
Attention, ovni télévisuel en approche ! En croisant avec beaucoup de talent des univers aussi éloignés que l’espionnage, l’aéronautique et l’aérobic, cette nouvelle série française qui sent bon les années 1980 s’impose comme l’un des coups de cœur de la rentrée des séries. Alors enfilez votre justaucorps et lancez la musique de Gym Tonic, car Toutouyoutou a débarqué sur OCS, disponible avec CANAL+ !
Un mélange improbable
S’il vous arrive encore d’avoir à prouver à des individus réfractaires l’incroyable créativité dont font preuve les scénaristes de séries, ne cherchez pas plus loin que Toutouyoutou. Difficilement classable, cette « dramédie » au format court (10 épisodes de 26 minutes) est d’abord ancrée dans une activité sportive négligée par la fiction française : l’aérobic, éternellement associé aux années 1980 où cette pratique a explosé. En toute logique, la série prend donc place au début de cette décennie, pour raconter comment plusieurs femmes qui s’ennuient ferme dans une banlieue pavillonnaire française digne de Desperate Housewives (Disney+) se prennent de passion pour cette discipline venue des États-Unis.
Dans la série, cette réalité est même prise au pied de la lettre, puisque les héroïnes découvrent l’aérobic grâce à l’arrivée de leur nouvelle voisine, Jane (Alexia Barlier), une Américaine longiligne et athlétique qui ne passe pas inaperçue avec son sourire Colgate et surtout ses tenues criardes, puisque c’est elle qui vient enseigner l’aérobic aux femmes du coin. Mais que vient donc faire cette célibataire étrangère et fan de développement personnel – un autre phénomène venu des États-Unis à l’époque – dans une grande maison de la petite ville de Blagnac, près de Toulouse ?
C’est la question que se posent certaines de ses voisines, et elles n’ont pas tort. Car en réalité, Jane est là pour faire de l’espionnage industriel – et ce n’est pas un spoiler de le dire, puisque c’est immédiatement révélé par la série. Eh oui, Blagnac, c’est le lieu de naissance de l’aéronautique française – en pleine expansion au début des années 1980 –, et quasiment tous les personnages masculins de la série y travaillent sur des projets plus ou moins secrets, ce qui intéresse au plus haut point les employeurs américains de Jane, inquiets de la montée en puissance d’un concurrent potentiel.

Un propos pertinent et très actuel
Et si vous vous demandez comment le mélange entre espionnage, aéronautique et aérobic peut fonctionner, la réponse est : en prenant au sérieux chacun des trois. Toutouyoutou soigne en effet toutes les dimensions de son univers et de son récit, avec aussi beaucoup de respect pour ses personnages. Cela commence bien sûr par les premiers rôles – exclusivement féminins, une rareté encore aujourd’hui – qui mettent en scène des héroïnes on ne peut plus attachantes.
Comme Karine (Claire Dumas), mère au foyer méprisée par sa fille et négligée par son mari, elles étouffent toutes dans une société dominée par un patriarcat qui règne au quotidien en écrasant les femmes, par exemple en enchaînant des blagues d’une misogynie insupportable. Et d’autres jugements pèsent sur elles : la jeune Violette (Apollonia Luisetti) souffre de grossophobie et de harcèlement scolaire, tandis que Marie-Pierre (Sophie Cattani) est mal vue en raison de son statut de divorcée.
Cette liste non-exhaustive permet de comprendre pourquoi ces femmes qui ont désespérément besoin de sororité et de s’émanciper voient l’aérobic comme une véritable bouffée d’air frais dans un quotidien aussi monotone que morose. Mais on aurait tort de croire que Toutouyoutou n'évoque qu’une époque lointaine et révolue. À travers son scénario, la série a l’intelligence de parler de la société d’aujourd’hui et de tout ce qu’elle n’a pas réglé depuis quatre décennies.

Une nouvelle série d’époque réussie
Enfin, Toutouyoutou est aussi une réussite formelle, qui confirme le savoir-faire français actuel pour les séries d’époque, après les seventies dans OVNI(s) (CANAL+), les nineties dans Des gens bien ordinaires (CANAL+) et les eighties déjà dans 3615 Monique (OCS). La reconstitution des années 1980 est donc parfaitement réussie dans Toutouyoutou, qui met également bien en évidence l’influence de la pop culture américaine, très colorée, sur la France maronnasse et grise de cette époque.
Le personnage de Jane n’apporte pas seulement avec elle une nouvelle activité exaltante, elle incarne une forme de rêve américain avec ses innovations technologiques comme son barbecue luxueux, ainsi que son vocabulaire et sa nourriture anglo-saxonnes alors complètement méconnus du grand public en France. La série raconte donc aussi d’une certaine manière tout un pan de la mondialisation, celui des « années fric » et d’une consommation outrancière qui ne se soucie guère de ses conséquences.
Et pour ne rien gâcher, la réalisation de Julien Patry (auteur du format court Un entretien sur CANAL+) est accompagnée d’une bande-originale délicieusement rétro composée par plusieurs membres du groupe Feu! Chatterton, lauréats du prix de la meilleure musique originale au dernier Festival Séries Mania de Lille, où Toutouyoutou était présentée en compétition. Bref, que vous soyez nostalgique ou non de Gym Tonic, l’émission d’aérobic culte de Véronique & Davina diffusée sur Antenne 2 dans les années 1980, et dont la musique du générique d’Alain Goraguer est passée à la postérité, Toutouyoutou est une dramédie à ne surtout pas manquer.

Toutouyoutou épisodes 1 à 10 sur OCS, disponible avec CANAL+.



