Mais qui es-tu Jann Wenner, fondateur du magazine culte Rolling Stone ?

À 20 %, un passionné. Embarqué dans le mouvement hippie qui secoue la Californie, Jann Wenner, en lançant Rolling Stone à San Francisco en 1967 à 21 ans, voulait rendre compte de la lame de fond qui traversait l’Amérique et donner une voix à l’underground. Un pari fou très vite gagné lorsque le magazine de cet étudiant de bonne famille devient le porte-parole de sa génération et une référence journalistique. Toute sa vie Wenner, acharné de travail, restera un fou de musique et signera des interviews des plus grands de Bob Dylan à Amy Winehouse.
 

À 30 %, un businessman de génie. Très tôt le Californien a compris qu’il pouvait marketer les sixties comme n’importe quel produit mais en 1977 Wenner prend le large. La rédaction de Rolling Stone quitte San Francisco pour New York, pour être au plus près des annonceurs. Adieu les hippies, bonjour les yuppies ! On l’accuse alors d’être plus intéressé par l’argent et le star-system que par la contre-culture. Qu’à cela ne tienne. Le tycoon au train de vie dispendieux lance en 1985 une campagne provoc pour séduire les annonceurs. Il va petit à petit monter un empire médiatique, fondant ou participant à quantité de titres, de Men’s Journal à US Weekly.
 

À 30 %, un preneur de risques. Éditeur au flair imparable, il n’hésite pas à donner leur chance à de jeunes nobodies, comme par exemple Annie Leibovitz jeune débutante qu’il envoie photographier John Lennon et Yoko Ono. Connu pour ses  choix audacieux et pour être l'éditeur du Nouveau journalisme, il enchaine la publication de scoops ahurissants, d'enquêtes au long cours, de reportages kamikazes de Hunter S. Thompson et même du premier roman de Tom Wolfe qu'il publiera sous forme de feuilleton.
 

À 15 %, une tête brûlée. Wenner n’est pas du genre à se laisser dicter sa conduite. Démocrate, il oriente sa ligne éditoriale à gauche, interviewant Bill Clinton ou Barack Obama. Patron ambivalent, il multiplie les coups tordus, laissant Hunter S. Thompson sur le carreau en pleine guerre du Vietnam ou virant un journaliste avec lequel il n’est pas d’accord à propos d’une critique. Népotique, il place ses enfants à des postes stratégiques. Mais mettra des années à sortir du placard, ne faisant son coming-out qu’en 1995.
 

À 5 %, un retraité ? Entre 2016 et 2017, en petite forme financièrement, Rolling Stone revend finalement son capital à une startup singapourienne et à Penske Media (propriétaire de Variety). Indéboulonnable Jann Wenner reste directeur de la publication. Pas de quoi ébranler le magnat qui a pourtant vu sa réputation mise à mal avec la sortie fin 2017 de Sticky Fingers : The Life and Times of Jann Wenner and Rolling Stone Magazine, de Joe Hagan. Une biographie sex, drugs and rock’n’roll explosive qui ne fera finalement que conforter le mythe et l'inscrire au panthéon des magnats de la presse américaine.

Rolling Stone : Stories from the edge

6 épisodes de 40 minutes, diffusés dès le 20 septembre sur CANAL+ et en intégralité sur myCANAL.