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La série UN PROPHÈTE est-elle la suite du film ?

Plus de quinze ans après la sortie du chef d’oeuvre de Jacques Audiard, les scénaristes originels réinventent l’histoire de Malik le petit jeune qui arrive dans un établissement pénitentiaire.

Une relecture inspirée par l’original plus qu’un simple prolongement

Quand un film comme celui de Jacques Audiard a eu un tel retentissement, redéfinissant au passage la notion de film de prison et de thriller, il est tentant de penser que l’industrie du divertissement va lui donner une suite.

Et pourtant si la série UN PROPHETE d’Abdel Raouf Dafri et Nicols Peufaillit s’empare du nom et de l’intrigue initiale, c’est pour la réinventer, la réinterpréter et surtout la développer. Car au lieu des deux heures au cours desquelles ils nous avaient fait découvrir la destinée de Malik El Djebenna, jeune délinquant incarcéré, c’est huit fois cinquante minutes que le téléspectateur va passer avec lui. Un temps considérablement plus long pour raconter son histoire et son arrivée en France après avoir été une « mule », comment il se retrouve être victime de l’effondrement de l’immeuble qu’il occupe brièvement à Marseille et surtout découvrir la mécanique du fonctionnement de la prison.

Autour du personnage brillamment incarné par Mamadou Sidibé, c’est une dizaine de personnages dans et en dehors de l’établissement qu’on apprend à connaître, totalement les nouveaux. Rony Lahoud, dit "Le Libanais" (Moussa Maaskri), le vieil homme qui prend le jeune homme sous son aile dans son refuge de la bibliothèque, Massoud (Sami Bouajila), le puissant promoteur immobilier, lui aussi incarcéré qui va tenter de le manipuler, Samia (Naïlia Harzoune) son épouse qui restée à l’air libre semble avoir plein de choses à cacher, Selim (Matthieu Nouchi), un petit jeune plus malin que la moyenne des incarcérés, le terrifiant Brahim (Saoued Nabba), le caïd des cités, Sandrine Obadia (Guilaine Londez), la maire de Marseille…

Au-delà de la prison, la série embrasse Marseille et toute la société française

La série n’est pas une suite mais elle prolonge certains éléments qui ont marqué la première génération de spectateurs. Notamment les visions de Malik qui est tout aussi hanté lorsqu'il est  interprété par Malik Sidibé que Tahar Rahim. Les deux garçons sont marqués par la mort et revoient à certains moments clefs les visages et les corps de ceux qu’ils ont côtoyés notamment lorsqu’ils se sentent responsables à tort ou à raison de leur décès. De la même manière, si le film de Jacques Audiard racontait le microcosme de la prison, ses acteurs et sa violence, en déployant une vaste série, Abdel Raouf Dafri et Nicols Peufaillit, décrivent désormais au-delà de l’établissement, la ville de Marseille marquée par une guerre de clans et la société française dans son ensemble.

Ainsi, le personnage de Malik sert de révélateur : à son contact, les autres qui le ne voient pas tant il est discret révèlent qui ils sont quand ils tentent de le dominer. Véritable éponge, il apprend au fur et à mesure des épisodes à décrypter les forces en présence et à se mouvoir dans ce monde sans pitié. Et là où Tahir Rahim évoluait dans une sorte de formation commando, Mamadou Sidibé peut plus prendre son temps et s’aider du savoir tiré des livres de la bibliothèque, source de la sagesse qui va le rendre redoutable.