Jeune et Golri (OCS) : en saison 2, la série d'Agnès Hurstel touche encore juste
En 2021, la première saison de Jeune et Golri avait été une des révélations parmi les séries françaises apparues cette année-là. Deux ans après, la joyeuse bande d'Agnès Hurstel fait son retour avec huit nouveaux épisodes au moins aussi convaincants que les précédents.
La saison de la trentaine triste
Pour renouveler radicalement une série, rien ne vaut une bonne vieille ellipse temporelle. Cette saison 2 de Jeune et Golri applique cette idée, puisqu'elle prend place huit ans après la précédente. Inutile de dire donc que de l'eau a coulé sous les ponts. Après huit années passées à vivre avec le maniaque du contrôle qu'est Francis (R. Jonathan Lambert), Prune ne réalise pas que son couple est à bout de souffle.
Trompée et larguée brusquement, elle a la trentaine triste et déprime sérieusement, car elle craint de perdre les liens noués avec Alma, sa belle-fille. En huit ans, celle-ci est devenue la meilleure pote de Prune, même si elle a bien changé : elle est désormais une adolescente de 13 ans titillée par ses hormones et complètement tourneboulée par l'arrivée d'un beau gosse (Michka) dans son cours d'escrime.
Cette Alma en pleine crise d'adolescence qui déteste son père et sa nouvelle belle-mère (Mélanie Doutey, génialement exaspérante en femme modèle surnommée… Bambie) est très bien incarnée par une nouvelle actrice, Saül Benchetrit (la série Chair tendre), qui est la révélation de cette saison.

Un regard drôle et tendre sur l'adolescence
À travers son personnage, cette saison prend une nouvelle direction bienvenue en racontant les affres de l'adolescence – la drague foireuse, le physique ingrat, le langage fleuri – avec un humour très cash qui rappelle un modèle du genre, le film Les Beaux Gosses (Riad Sattouf, 2009). Mais ici, tout est raconté du point de vue des filles et notamment de Romane, la copine désopilante d'Alma qui ne pense qu'à la sexualité.
Le regard qu'Agnès Hurstel porte sur cette période généralement horrible est à la fois drôle, tendre et incontestablement personnel, comme la façon dont elle évoque le traumatisme de la Shoah : les épisodes sont dédiés à Marise Crémieux-Hurstel, autrice du Journal d'une adolescente juive sous l'Occupation, livre qui joue un rôle cette saison.
Par certains aspects, ces nouveaux épisodes de Jeune et Golri sont donc nettement plus sombres que les précédents. Larguée à cause de son immaturité persistante et de son refus d'avoir des enfants, Prune doit aussi habiter dans l'atelier de céramique de sa mère, et donner un nouveau tournant à sa carrière.

Une inventivité visuelle à saluer
C'est décidé : elle veut arrêter la comédie et le stand-up pour jouer dans des drames qui font pleurer, comme Alice (merveilleuse Lison Daniel) sous l'œil inquiet de la copine de cette dernière, Adé (Marie Papillon), devenue l'agent de Prune. Bref, notre héroïne est en pleine crise existentielle, et Agnès Hurstel délaisse un peu le milieu du stand-up pour se concentrer plus que jamais sur les problèmes vécus par les femmes actuelles.
Après la maternité subie dans la première saison, elle réussit à aborder encore avec beaucoup de tendresse une situation très courante aujourd'hui, en rappelant qu'aucun statut juridique n'est prévu pour une ex belle-mère comme Prune vis-à-vis d'Alma.
On ne pleure pas autant que devant Les Enfants des autres, le magnifique film sorti par Rebecca Zlotowski sur le sujet l'an dernier, mais on rit heureusement beaucoup plus, car Agnès Hurstel conserve dans son écriture une vis comica héritée de ses années dans le stand-up.
Pour la première fois, l'actrice-scénariste-humoriste passe aussi derrière la caméra dans cette saison, toujours marquée par une jolie inventivité visuelle colorée et une musique très soignée, deux des marques de fabrique des séries françaises d'OCS, dont Jeune et Golri reste donc une des meilleures représentantes.

Jeune et Golri saison 2, diffusée à partir du 8 juin sur OCS, disponible avec CANAL+.
La saison 1 est disponible en intégralité sur myCANAL avec OCS.



