Aspergirl (OCS), une dramédie réussie avec Nicole Ferroni pour changer le regard sur l’autisme
Très documentée et respectueuse d’un sujet qui reste rarement traité dans la fiction, cette nouvelle série franco-belge bouleverse en questionnant avec humour les normes sociales et l’intolérance de la société à l’égard de la différence. Engagée et pédagogique mais jamais plombante, Aspergirl est la bonne surprise du printemps.
"Normal, c'est quand personne te regarde"
Avec cette phrase pertinente que l'on entend au début de la série, Aspergirl pose d'emblée l'une de ses questions centrales : qu'est-ce que la normalité ? Pour Louison, l'héroïne de la série, cette interrogation prend une nouvelle dimension lorsqu'on lui diagnostique un trouble du spectre de l'autisme dans le premier épisode. À 38 ans, cette mère célibataire récemment séparée comprend enfin pourquoi elle a toujours été un peu en décalage avec la société.
C'est une forme de libération, sauf qu'un diagnostic identique est posé pour son fils Guilhem, jeune ado qui découvre le collège et qui ne veut surtout pas être vu comme autiste. Malheureusement pour lui, sa rentrée est sanglante – on ne vous dit pas pourquoi – et sa mère fait l'objet d'une enquête des services sociaux, qui menacent de lui retirer la garde de Guilhem. Cet enjeu dramatique oblige Louison à s'adapter à vitesse grand V pour satisfaire aux normes d'un enquêteur peu commode, alors qu'elle se démène déjà elle-même avec ses troubles, mal acceptés notamment dans son travail.

Un coup de projecteur salvateur
Comme Aspergirl est aussi une comédie, cela donne des scènes cocasses – par exemple au supermarché –, et avec un certain sens de l'équilibrisme, la série marche en permanence sur le fil de la dramédie, en réussissant à casser les clichés sur l'autisme et en incitant à se demander si finalement, le problème ne vient pas des normes sociales et de l'incapacité de la société à tolérer – ne parlons pas de s'adapter – la différence.
Louison est d'ailleurs entourée de personnages souvent névrosés qui questionnent effectivement notre idée de la normalité. Très didactique, ce qui est une bonne chose sur ce sujet mal connu, la série affiche à la fin de chaque épisode un bandeau informatif expliquant que les femmes autistes comme Louison sont souvent diagnostiquées plus tardivement que les hommes car la pression sociale plus forte qui pèse sur elles fait qu'elles apprennent davantage à dissimuler leur différence.
C'est une réalité complètement méconnue des troubles du spectre de l'autisme, sur laquelle Aspergirl met donc un coup de projecteur salvateur, sans compter que de manière générale, les personnes autistes sont rarement représentées dans la fiction, ou alors avec des clichés problématiques.

Une série soignée de bout en bout
Pour échapper à ce problème, il n'y a pas de mystère, les scénaristes de la série (Judith Godinot et Hadrien Cousin) ont visiblement beaucoup bossé, en se documentant longuement sur le sujet et en prenant le temps de rencontrer des personnes concernées et expertes du sujet. Plusieurs séquences ont également été tournées avec des personnes autistes qui ne sont pas des comédiens professionnels et pour qui le plateau a été adapté afin de prendre en compte leurs besoins spécifiques.
Quant aux rôles principaux, ils ont été très bien castés : dans le rôle de la mère courage, Nicole Ferroni est une révélation qui bouleverse fréquemment avec un jeu faisant preuve d'une retenue bienvenue. Son fils Guilhem est lui aussi brillamment incarné par le jeune Carel Brown, prix du meilleur acteur au dernier festival Séries Mania de Lille, région où a d'ailleurs été tournée la série par la réalisatrice Lola Roqueplo, qui donne une dimension pimpante aux images, en cohérence avec la musique également très pop de Prudence (Olivia Merilahti), ancienne moitié du duo The Dø.
Autant dire qu'on espère vraiment voir prochainement une deuxième saison d'Aspergirl.

Aspergirl épisodes 1 à 10, à partir du 6 avril sur OCS, disponible avec CANAL+.

