Adolescence : le meurtre chez les ados, une réalité pas si improbable que ça
La nouvelle série Netflix nous pose une question difficile : un adolescent de treize ans peut-il commettre un meurtre ? Un concept qui dérange, mais qui reste envisageable, raconte le créateur de la série, lorsqu’on le replace dans un contexte de violences sexistes et sexuelles accrues.
Une histoire (pas si) fictive
Rassurez-vous : Adolescence, la nouvelle série Netflix qui nous vient tout droit du Royaume-Uni et qui raconte comment un jeune garçon de 13 ans se retrouve accusé du meurtre de sa camarade de classe, n’est pas un biopic. Jamie et sa famille n’ont jamais vraiment existé, nous confirme le créateur de la série, Stephen Graham (qui interprète aussi le père du héros à l’écran). Néanmoins, pour l’imaginer, il avoue s’être inspiré d’un fait divers très semblable.
Stephen Graham se rappelle avoir vus dans la presse plusieurs récits racontant le meurtre d’une jeune fille par un garçon de son âge. De là naît toute une réflexion sur les motivations sociétales qui sous-tendent ces actes de violence. “J’ai dit à Phil [le réalisateur de la série, ndlr] que c'était sur ça que je voulais me focaliser” explique Graham. “Notre objectif principal était de créer des discussions dans les foyers, entre les parents et leurs enfants. Nous essayons de transmettre nos valeurs morales à nos enfants”.

Zoom sur la violence sexiste des ados
Derrière ce potentiel acte perturbant, la série interroge en réalité toute la violence à laquelle sont exposées les enfants dès leur plus jeune âge, notamment les garçons, qui sont confrontés à la présence croissante de communautés incel ou masculinistes sur les réseaux sociaux et dans les médias ; au Royaume-Uni, un homme revendiquant son appartenance au mouvement des incels avait ainsi été arrêté pour un attentat terroriste responsable de la mort de cinq personnes à Plymouth, en 2021. Reposant sur une idéologie misogyne, conservatrice et violente, le mouvement masculiniste infiltre le quotidien d’hommes de plus en plus jeunes, comme le remarquait un rapport du Haut Conseil de l’Egalité sur les violences sexistes chez les jeunes en 2022.
“On constate un net recul de l'adhésion des Français·es aux stéréotypes sexistes composant la culture du viol mais, quand on s'intéresse aux chiffres des jeunes de 18-24 ans, tout s'écroule” notait le Haut Conseil. Une étude américaine soulignait de son côté que, en 2019, que 7% des meurtres chez les mineurs étaient en réalité des féminicides. Pour le Haut Conseil de l’Egalité, l’éducation nationale a un rôle crucial à jouer dans ce phénomène. Un constat que rejoint Stephen Graham, le créateur de la série. “A l’école, nous avons aussi l’obligation d’essayer d’aider et d’enseigner aux enfants une forme de compréhension du monde” soulignait-il. “C’est la collectivité qui est responsable à beaucoup d’égards”.



