Ukraine - France : l'analyse
Posté par Pierre Ménès le 27 Novembre 2017
Après une nuit de recul, retour sur la "performance" des Bleus à Kiev. Où il est question de symboles, de laxisme et d'état d'esprit. Pour changer...

Je ne sais pas si vous l'avez vu, mais le débat d'après-match sur i-Télé avec Pascal Praud, Jean-Luc Arribart et Alain Roche a été sacrément animé. La colère dominait largement sur le plateau, parfois mêlée à l'espoir d'un miracle encore possible. Moi, ce qui m'a frappé quand on regardait le match tous les quatre, c'est cette forme d'indifférence que tout le monde peut ressentir devant cette équipe de France.

Hier soir, les Bleus jouaient un match de barrage qualificatif pour la Coupe du Monde. Un match où il faut jouer sa vie. Mais cet état d'esprit très particulier, ce ne sont pas les partenaires de Lloris qui en étaient animés. Non, eux, c'est sans envie qu'ils ont joué. En 2010, on a eu droit à une équipe qui ne voulait pas descendre du bus. En 2013, on en a une qui est à deux doigts de ne même pas pouvoir monter dedans.

Alors on peut tout reprocher à Didier Deschamps : ses choix d'hommes, ses choix tactiques, son management… Tout ce qu'on veut. Mais tu peux élaborer tous les plans, toutes les stratégies du monde, si la mise en application est aussi faible que celle de ces Bleus-là sur le plan de l'investissement personnel, c'est voué à l'échec de toute façon.

Désastre, guéguerre et laxisme

Une fois de plus, un garçon comme Samir Nasri va catalyser les reproches et symboliser ce manque de coeur et d'enthousiasme. Sur la forme du moment, Deschamps a décidé de sortir un Valbuena qui tire un peu la langue en ce moment mais qui a toujours donné satisfaction en sélection pour redonner sa chance à Nasri, auteur de quelques bons matchs avec City.

Un choix désastreux au final, puisque l'ancien Marseillais n'a strictement rien montré. Ni détermination, ni hargne, ni envie. Une remarque valable pour la quasi totalité de l'équipe. Les Ukrainiens ont proposé aux Bleux un défi physique souvent au-delà de la régularité, mais eux au moins ont montré qu'ils voulaient coûte que coûte aller au Brésil. Même avec dix joueurs sous la menace d'un carton jaune, ça ne les a pas empêchés de nous rentrer dans le lard. Et au final, ils sont récompensés.

Pour moi, le symbole de cette équipe de France, c'est au moment de la sortie de Giroud pour l'entrée de Benzema. Les deux ne se lancent pas un regard. C'est-à-dire qu'au moment où l'équipe de France est au plus mal et où ils jouent l'un et l'autre la possibilité d'aller disputer une Coupe du Monde au pays du foot-roi, les mecs restent dans leur guéguerre et leur concurrence personnelle.

C'est éminemment symptomatique d'un problème plus vaste. Car au fond, cette défaite à Kiev n'est que la partie émergée de la déliquescence globale de l'équipe de France, de ce que le public des Bleus constate depuis des mois. Je parle évidemment de motivation et de comportement. Je suis désolé de revenir sur l'affaire Evra, mais aujourd'hui l'absence de sanction et le laxisme de Le Graët et Deschamps ont ouvert la porte au tout et surtout au n'importe quoi. Une porte qui leur revient très fort sur les doigts aujourd'hui.   

Enorme coup de balai

Evra n'est sans doute pas le plus à incriminer dans cette défaite. Mais voilà, les symboles ont la vie dure. Et aujourd'hui, il y a des gens dans le pays qui détestent cette équipe de France. On va encore dire que c'est la faute des médias, mais je suis désolé, pendant la semaine précédant ce match de Kiev, j'ai senti la presse totalement derrière Deschamps et ses hommes. Pas de polémique, pas de critique. On a eu droit à une presse très "Allez les Bleus". Une tendance en contradiction du désamour, de l'indifférence et parfois même du dégoût que cette équipe suscite chez le grand public.

Alors reste ce fameux match retour. Comme contre la Finlande, Ribéry peut accrocher la lunette au bout de dix minutes de jeu et enflammer ce match à quitte ou double. Un match lors duquel certains vont jouer leur avenir sous le maillot de l'EdF. Car une élimination provoquerait à coup sûr un énorme coup de balai dans le foot français.

Voilà, on y est. Tout va se jouer sur 90 minutes. Les Ukrainiens nous ont montré ce qu'il faut faire quand on veut vraiment gagner un match de cette importance. Les Bleus ont 90 minutes pour laver l'affront de ce match aller et effacer six ans de désespérance footballistique. En sont-ils capables ? Toute la question est là.

Pierrot