Portugal - France : l'analyse
Posté par Pierre Ménès le 27 Novembre 2017
Dans cette finale assez fermée et peu emballante en matière de jeu, les Bleus se sont fait punir pendant la prolongation pour n’avoir pas su concrétiser leur domination.

J’aime bien citer un bouquin écrit par Brad Gilbert, un ancien tennisman pro des années 80-90 devenu coach - notamment d’Agassi - et qui à son époque remportait des matchs avec un jeu absolument dégueulasse. Le titre de ce bouquin était Winning Ugly (« Gagner Laidement »). Un titre qui pourrait s’appliquer à ce Portugal champion d’Europe qui, sans un Rui Patricio en état de grâce, aurait dû perdre cette finale dans le temps réglementaire.

Globalement, les Bleus ont assez largement dominé ce match, qu’on pourrait décomposer de la façon suivante : un premier quart d’heure totalement à leur avantage, avant l’épisode de la blessure de Ronaldo qui a un peu chloroformé tout le monde jusqu’au repos. Puis une seconde période à nouveau  en faveur des Bleus, qui ont eu les occases mais n’ont pas su les mettre au fond. Et ça, dans une finale, c’est souvent suivie d’une punition. Un scénario cruel mais bien connu.  

La blessure de CR7 restera évidemment un événement marquant de cette finale. A ce moment-là, je me suis dit : « ce n’est pas possible, après le tirage au sort, après l’Islande en quart, après une Allemagne décimée en demie, la bonne étoile de Deschamps est vraiment au firmament du foot. » Et puis non. Il s’en est fallu d’une poignée de centimètres, sur ce poteau de Gignac dans le temps additionnel, pour que le crime soit parfait. Pendant la prolongation, le Portugal a ensuite repris des couleurs, l’entrée d’Eder changeant considérablement la donne. 

Pas un bon signal…

Alors je ne veux pas entendre parler du jour de repos supplémentaire dont ont bénéficié les Portugais parce qu’à ce niveau, l’EdF a vraiment eu un Euro sur mesure. Sans compter que les Portugais jouaient leur troisième prolongation en quatre matchs à élimination directe. Donc cet argument ne tient pas. Reste que l’entrée de l’avant-centre de Lille, qui est un vrai spécialiste du poste, a posé des problèmes insolubles aux Bleus et notamment à Koscielny. Un apport récompensé par ce but décisif. 

D’une manière générale, j’ai trouvé cette équipe de France trop timorée lors de cette finale, avec une participation des latéraux au jeu quasi-inexistante, un Pogba qui a évolué très bas et un Matuidi qui ne s’est jamais projeté vers l’avant sur son côté gauche comme il aime pourtant le faire. La peur de perdre ? Sans doute. Le fait de voir les occasions se succéder sans parvenir à marquer n’a pas non plus aidé les Bleus à se lâcher totalement.  

C’est une défaite contre une équipe qui ne joue pas au foot mais qui a d’autres qualités. A commencer par une défense centrale énorme et une organisation générale solide. Cette soirée, les Portugais l’ont vécue dans l’autre sens en 2004, face à la Grèce. Qui restera quand même le champion d’Europe le plus dégueulasse de l’histoire de l’Euro. Maintenant voilà, globalement je ne suis pas certain que ce tournoi ait apporté grand chose au football. On s’aperçoit que ce sont plutôt les équipes qui bétonnent qui ont tiré leur épingle du jeu. Et ce n’est pas un bon signal…

Pour l’équipe de France, après l’exploit contre l’Allemagne - qui a dû peser lourd dans les énergies -, c’est évidemment un moment plus que pénible dont elle mettra du temps à se remettre. A l’heure du bilan, il ne faut pas se montrer amnésique et oublier que cette équipe nous a offert quelques bons moments dans ce tournoi. Mais on n’oubliera pas non plus qu’à part l’Allemagne, l’EdF a bénéficié d’un parcours idéal pour arriver en finale. Et qu’elle y a échoué.

Pierrot