Inéluctable

Posté par Pierre Ménès le 28 Juin 2019

Sans grande surprise, les États-Unis ont donc battu la France dans ce quart de finale de Coupe du Monde que les Américaines ont, dans l’ensemble, plutôt maîtrisé. Surtout en première période et pour une bonne raison, qui est que l’équipe de France était totalement absente des débats. Comment veux-tu marquer un but au champion du monde en titre quand tu es incapable de faire trois passes consécutives ? C’est la problématique qu’ont eu à gérer les Bleues pendant quasiment une heure. Ni leur engagement physique ni leur volonté n’étaient à la hauteur de l’événement. Et ça, au moment de faire le bilan, c’est quand même une déception. 

Il faut dire que le match a très mal commencé avec l’ouverture du score rapide de Rapinoe sur laquelle beaucoup vont dire que Bouhaddi est responsable. Mais il faut voir deux ralentis pour être sûr que personne ne la touche et elle est masquée. Maintenant, c’est vrai que la frappe est au milieu du but et que le mur - ce qui est de sa responsabilité - est sans doute trop léger puisqu’on sent dès le départ que la star US va tenter le coup-franc direct. Ce but a mis un coup à l’EdF où beaucoup de joueuses ne se sont pas montrées à la hauteur de l’événement, à commencer par Torrent à droite, qui avait déjà été à la rue contre le Brésil et a souffert face à Rapinoe pendant tout le premier acte. 

Il n’y avait pas de quoi être bien rassuré au repos. Et encore moins après le début de seconde période des Américaines, qui ont eu plusieurs occasions coup sur coup. Le second but de Rapinoe a douché les espoirs français alors qu’il y avait une forme de rébellion et plus d’agressivité dans le jeu de la part des joueuses de Diacre. Henry et Thiney étaient plus compactes au milieu, on voyait enfin quelque chose. Mais comme je l’ai dit avant et pendant cette Coupe du Monde, le problème du foot féminin français est connu : il est trop faible offensivement dès que le niveau s’élève. Alors, il est trop tôt pour parler de l’absence de Katoto, la meilleure buteuse du dernier championnat de D1. Mais quand tu vois qu’on est allé à la Coupe du Monde avec Gauvin comme seule attaquante de pointe… 

Finalement, la seule façon dont on sentait les Bleues capables de marquer, c’était sur une tête de Renard, qui est arrivée sur un joli coup-franc de Thiney. Les Françaises ont inscrit dix buts dans cette compétition, dont quatre marqués par leur arrière centrale. Cela veut aussi tout dire. Elles auraient pourtant pu en marquer un onzième et pousser les USA en prolongation. Car autant la victoire des Américaines ne se discute pas, autant les Bleues auraient pu bénéficier d’un penalty pour la main de O’Hara sur le centre de Majri. Il n’y a pas plus main volontaire sur cette action que sur d’autres qui ont pourtant été sifflées. De toute façon tout est souvent sifflé en faveur des Américaines, même si je trouve ridicule d’avoir annulé leur troisième but pour un hors-jeu de 10 centimètres vu par un pseudo-révélateur. Bref, si la VAR n’en est encore qu’à ses débuts, l’arbitrage féminin en est encore lui, à ses balbutiements.

Maintenant, on va voir les réactions de tous ceux qui se sont emballés et ont loué depuis trois semaines ce football féminin si frais, si pur et si fair-play. On va voir si leur passion va perdurer ou si c’était juste un effet de mode ou une volonté de faire « no sexist ». Indéniablement, cette Coupe du Monde en France est réussie. C’est un succès populaire, l’ambiance dans les stades est très bonne, celle au Parc hier soir était merveilleuse. Il y a de bonnes choses à en retirer mais pour les prochaines grandes échéances internationales, il faut que cette équipe de France se dote d’attaquantes de niveau international. On en a une avec Le Sommer, mais elle a beaucoup déçu sur cette compétition. Un peu comme ses homologues masculins, l’attaquante lyonnaise a eu du mal à briller lors d’une phase finale de grande compétition après avoir gagné la Ligue des Champions quelques semaines plus tôt. On pourra aussi se féliciter de la révélation de Diany sur le côté droit. Et espérer mieux dans quatre ans.

Pierrot