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France-Croatie : l'analyse
Posté par Pierre Ménès le 16 Juillet 2018

J’avoue, j’ai eu un coup de moins bien à quatre ou cinq minutes du coup de sifflet final. J’ai été pris par une vague d’émotion finalement très égoïste, en me disant que j’avais beaucoup de chance d’être encore en vie pour vivre ça : voir mon pays remporter la Coupe du Monde pour la deuxième fois. L’équipe de France était favorite de ce match. Elle l’a confirmé sur le terrain. Enfin, surtout du point de vue du résultat. Moins dans le jeu, notamment au cours d’une première période extrêmement pénible et assez largement dominée par les Croates.

Mais voilà, c’est le prodige de cette EdF version Deschamps, capable de marquer deux buts en ne cadrant qu’une seule frappe - le penalty de Griezmann - et de mener à la mi-temps. Au milieu, les Bleus ont souffert de la déficience très ponctuelle de Kanté, qui a raté sa finale pour des raisons qui m’échappent. Après le repos, Lloris a du sortir un arrêt décisif et après cela, l’équipe de France a prouvé qu’elle était certainement l’équipe la mieux préparée sur le plan physique de ce Mondial. Son accélération a été fatale aux jambes croates, qui ont donc fini par être lourdes. 

Il y a alors eu ces deux buts signés Pogba et Mbappé qui ont permis à Lloris de faire une boulette sans gravité. Je ne sais pas si j’ai du mal à réaliser mais… En fait, je suis heureux que la France soit championne du Monde. J’aurais simplement préféré - et je l’ai suffisamment dit - que ce soit avec un autre style de jeu et une autre idée de football. Mais bon, après tout celle de Deschamps a gagné et on ne saura jamais si les Bleus l’auraient emporté avec plus d’ambition dans le jeu.

De Pelé à Lineker, de Baresi à Ian Wright

L’équipe de France est donc un champion du monde à l’image de ce Mondial : pas très spectaculaire, très défensif et où souvent, les équipes en difficulté ont réussi à tirer leur épingle du jeu. C’est tout le mérite de Deschamps d’avoir été têtu dans le style de football qu’il a toujours préconisé, à Marseille et depuis qu’il est à la tête des Bleus (un peu moins à Monaco). C’est le football qui gagne. Pas le football que j’aime. Je pense qu’avec cette génération de joueurs offensifs, il y avait moyen d’inspirer la crainte par le jeu. Cette EdF l’a fait, mais d’une autre manière. 

Il ne faudra jamais oublier l’impact que Kylian Mbappé a eu sur le jeu des Bleus. Je sais que beaucoup me reprochent - et à la presse en général - d’en faire trop avec lui. Mais quand on voit les éloges qu’il reçoit du monde entier - de Pelé à Lineker, de Baresi à Ian Wright -, on se rend compte qu’on tient un phénomène. Et j’avoue avoir été estomaqué par cette joie relativement contenue pour un gamin de 19 ans après le match. On avait l’impression qu’il disait : « Oui, je suis champion du monde, mais ce n’est que le début pour moi ». 

Je ne souhaite qu’une chose, c’est que ce ne soit que le début pour Kylian et pour cette équipe de France. Il n’est évidemment pas le seul à mériter les éloges : Lloris a été formidable toute la compète jusqu’à cette boulette, les latéraux sont arrivés de nulle part et se sont imposés, la charnière Varane-Umtiti qui ne semblait pas pouvoir être complémentaire, l’a été, Kanté a fait un Mondial formidable malgré sa finale ratée, Pogba a accepté - un peu comme Djorkaeff en 1998 - de jouer différemment de son style habituel, Matuidi s’est battu comme un chien, Griezmann a défaut d’avoir été brillant a toujours su être décisif, notamment sur coup de pied arrêté. Reste à voir désormais comment cette équipe et ces joueurs vont évoluer dans les mois et les années à venir. L’Euro, c’est déjà dans moins de deux ans…

Pierrot