France-Allemagne : l'analyse
Posté par Pierre Ménès le 27 Novembre 2017
Manque de prise de risque, manque de dépassement de soi, manque de précision dans le dernier geste et surtout manque d'un Benzema à la hauteur : voilà pour moi, les raisons essentielles de l'échec des Bleus face à l'Allemagne.

Une mauvaise nuit - sans que ça ait de rapport avec le match d’ailleurs - plus tard et après avoir visionné le match une seconde fois ce matin, l’impression est la même qu’hier soir. Pour avoir des regrets d’avoir perdu, il faut au moins essayer d’avoir gagné. A froid, cette absence de don absolu de soi saute aux yeux. Et ce n’est pas forcément de la mauvaise volonté. C’est juste que cette équipe n’a pas pris les risques qu’il faut prendre pour inverser ce genre de matchs. Le meilleur exemple étant Debuchy, qui n’avait rien d’autre dans sa zone que le fantôme d’Özil et qui n’a quasiment pas participé au jeu. 

L’Allemagne n’a pas eu à puiser dans ses réserves. Le fait d’ouvrir la marque tôt dans la rencontre, avec cette chaleur, a été un avantage déterminant. La Mannschaft est ensuite entrée dans une phase de gestion des efforts et du jeu. Et les Bleus ont manqué de poids offensif pour la bousculer. Mais c’est assez logique finalement : nos trois milieux sont, au mieux, des relayeurs. Il ne faut donc pas s’étonner qu’ils soient situés parfois loin des trois de devant. C’est d’ailleurs ce qu’on peut reprocher à Deschamps sur ce match : son coaching.

Il a fait entrer deux attaquants dans le dernier quart d’heure, mais c’était trop tard. Surtout quand tu te retrouves obligé de griller un remplacement en faisant sortir Sakho en cours de match, pour la 3e fois depuis le début du tournoi. Je ne m’explique pas cette obstination à vouloir faire jouer l’ancien Parisien si celui-ci n’était pas à 100% de ses moyens. Il n’y a pourtant pas un univers d’écart entre Koscielny et lui. Résultat : t’es mené 1-0 et ton premier changement du match consiste à remplacer un stoppeur par un stoppeur… A l’heure de jeu, on voyait bien que Schweinsteiger et surtout Khedira commençaient à tirer la langue et peut-être que l’entrée d’un Sissoko aurait permis de dynamiter l’entrejeu allemand. 

 

Selfies et Bisounours

En faisant la synthèse des réactions depuis hier soir, deux choses ressortent : d’abord, 90% des gens assassinent Benzema, les 10% restants - ses fans - continuant à le défendre mordicus. Et puis le sentiment général est partagé entre la frustration - comme le dit l’expression consacrée, « y’avait la place » - et la satisfaction du devoir accompli. C’est tout le mérite de Deschamps d’avoir chloroformé l’opinion publique à grands coups de selfies et de déclarations Bisounours sur le merveilleux état d’esprit des Bleus.

Sur le terrain, pour moi on avait le groupe le plus facile qu’une équipe de France ait eu à jouer depuis 2006. En terminant logiquement à la première place, les Bleus ont eu droit à un huitième de finale abordable remporté assez péniblement. Et Deschamps a alors envoyé un message fort avant même le match face à l’Allemagne en disant que la Coupe du Monde ne serait pas ratée, même en cas de défaite. Comme tout le monde voyait l’EdF sortir en quart, ça tombait bien. 

On n’a pas vu les Bleus mettre leurs tripes sur le terrain comme on a vu beaucoup d’autres équipes le faire ? Peu importe, tout cela va passer aux pertes et profits et ne donnera lieu à aucune polémique ni débat. On va très vite se projeter sur l’Euro 2016 et au royaume de la com’, DD a fait une grande Coupe du Monde. Et accessoirement, un résultat sportif correct. Mais pas meilleur qu’en 2012 par exemple, lorsque la France avait été éliminée en quart de l’Euro par une formation espagnole autrement plus intouchable que l’Allemagne d’hier.

 

Cet air si peu concerné

Et puis on va évidemment finir avec le cas Benzema. Comme je le disais plus haut, la majorité du public le démonte ce matin. Et pour ceux qui le défendent, c’est comme d’habitude : ce n’est jamais de sa faute ! Soit il n’a pas de ballons, soit il en a mais des mauvais, vous comprenez. Moi tout ce que je vois, c’est qu’après deux prestations prometteuses face au Honduras et à une Suisse qui avait raté son match, il a non seulement disparu de la circulation mais a, en plus, eu un comportement qu’on n’aurait pas accepté de la part d’autres joueurs, notamment face au Nigéria .

Au moment où on nous expliquait - nous rabâchait, même - que l’état d’esprit était la chose la plus importante et gna gna gna, et gna gna gna, qu’est-ce qu’on n’aurait pas dit si un Ribéry ou un Nasri avait rendu pareille copie ? Hier, replacé au centre, avec quelques ballons tout à fait exploitables, il n’a pas marqué. Mais ce n’est même pas ça que je lui reproche. C’est tout le reste : son absence totale de pressing, son replacement défensif inexistant, ses duels perdus dans leur intégralité. Avec toujours sur le visage cet air si peu concerné. 

Alors la question n’est même pas de lui chercher un remplaçant. A son poste, pas un mec en France ne lui arrive à la cheville en terme de talent. C’est d’ailleurs ce qui le sauve depuis des années. Mais au bout du compte, malgré ces trois buts et ce départ tonitruant, Benzema termine la compétition sur une mauvaise impression. Encore une fois. Ce sera l’une des choses à rectifier en vue de l’Euro 2016, que Deschamps va pouvoir préparer en tout quiétude. Avec en bonus deux ou trois selfies balancés de temps en temps, ce sera parfait. 

 

Pierrot