Caviar et oeufs de lump

Posté par Pierre Ménès le 17 Avril 2019

Ces quarts de finale nous ont réservé deux grosses surprises avec la qualification de l’Ajax à Turin et celle de Tottenham à Manchester, lors des deux meilleurs matchs de ces quarts. Il y a eu tellement peu de suspense entre Barcelone et Manchester d’un côté, et Liverpool et Porto de l’autre que je vais passer assez rapidement sur ces deux matchs, d’autant que, n’ayant pas encore le don d’ubiquité, je ne pouvais pas voir deux rencontres en même temps. 

Le Juventus-Ajax a été passionnant. La Vieille Dame a bien commencé, avec une belle intensité physique, récompensée par un but de Ronaldo de la tête sur corner. Mais les Turinois n’ont pas tenu la distance et surtout, les joueurs censés alimenter CR7 en ballons ont été défaillants, je pense notamment à Dybala et à Pjanic. Très vite, ils ont laissé les Néerlandais construire leur pelote. Moi il y a un truc qui me frappe, dans le concert de louanges tout à fait justifié que reçoit cette équipe, c’est que je n’ai quasiment pas vu un joueur de l’Ajax dribbler dans ce match. C’est vraiment le jeu collectif à l’état pur. Parfois jusqu’à la caricature car de temps à autre, certaines positions de frappe sont évidentes et ils préfèrent quand même tenter une passe. 

Alors j’entends beaucoup de choses depuis mardi soir. Le centre de formation de l’Ajax, l’école de Cruyff… Mouais, ça fait quand même quelques années que le club travaille comme ça et il n’a pas toujours eu ces résultats. Sauf que cette fois, pour mettre en oeuvre son style de jeu, le club aux quatre C1 dispose d’une génération exceptionnelle. De Ligt, De Jong, Schöne, Ziyech, Neres, van de Beek… Des joueurs talentueux qui vont malheureusement quitter l’Ajax très vite et exporter leur talent dans des clubs plus prestigieux. Qui ne pratiqueront d’ailleurs pas un jeu équivalent.

J’aime bien aussi ceux qui disent que la Ligue 1 devrait s’en inspirer. Mais pourquoi seulement la Ligue 1 ? Tout le monde devrait s’inspirer de cette philosophie offensive. Il faut aussi arrêter l’autoflagellation permanente. Et en parlant de philosophie offensive, on espérait voir le coach ajacide Ten Hag affronter son mentor en demi-finale, mais ce duel face à Guardiola n’aura pas lieu. Car malgré un match remarquable, City a été sorti sur la règle des buts marqués à l’extérieur par Tottenham au terme d’un match étourdissant. J’ai même envie de dire, « historique ». 

Le caviar et les oeufs de lump

Les onze premières minutes ont été dantesques, avec l’ouverture du score d’une frappe enroulée sublime de Sterling, en feu en ce moment. Derrière, Son - un joueur magnifique - a inscrit un doublé avant que Bernardo Silva n’égalise. Après cela, Sterling a redonné l’avantage à City, avant qu’Agüero ne donne deux buts d’avance - et la qualification virtuelle - aux Citizen avec une frappe surpuissante sur laquelle Lloris, auteur de quelques très beaux arrêts, ne pouvait pas faire grand chose même s’il la prend entre son poteau et lui (ce qui pour moi, vous le savez, est interdit).

D’une manière générale, sur le plan offensif City a été magnifique sous la houlette d’un De Bruyne exceptionnel. Mais les Spurs ont réussi à marquer ce petit but qui les qualifiait, par l’intermédiaire de la hanche de Llorente. La première des deux décisions très importantes pour lesquelles la VAR a été utilisée dans cette fin de match. Deux bonnes décisions à mon sens, car le but de Llorente est valable et Agüero est bien hors-jeu sur le cinquième but mancunien marqué par Sterling et synonyme de qualif’, mais finalement refusé. C’est très méritoire pour Tottenham qui a décroché cette demi-finale de LDC sans son meilleur joueur, Harry Kane. Et puis parmi les nombreuses boulettes faites par le PSG, il aurait peut-être été judicieux de conserver Lucas, qui s’est montré très utile dans ce match. Voilà, les demi-finales opposeront donc deux outsiders d’un côté, et deux favoris de l’autre. Deux confrontations très intéressantes même s’il ne fait aucun doute que Liverpool-Barcelone va évidemment attirer tous les regards.

Et puis après le caviar du dîner, on va parler des oeufs de lump de l’apéro. Cette vacherie ne s’adresse absolument pas aux Nantais, auteurs d’un match avec beaucoup d’engagement physique et pas mal de talent et qui ont confirmé leur victoire face à Lyon. Mais que dire du PSG ? Alors OK, il leur manquait leurs dix meilleurs joueurs. Mais je suis désolé, Kehrer, Kimpembé, Draxler, Alves voire Buffon sont des internationaux. Cette équipe n’a donc aucune excuse à la bouillie défensive comme offensive vue hier soir à la Beaujoire. Paris qui vient donc d’encaisser dix buts en trois matchs. 

Alors on peut penser qu’il y aura au minimum trois retours face à Monaco. Mais la fin de saison parisienne est très pénible. Tuchel semble pleinement concentré sur sa guéguerre avec Henrique pour la prise du pouvoir et les joueurs n’y sont plus. Maintenant, il va falloir que le PSG comprenne qu’il faut une autre attitude sur le terrain. On peut comprendre qu’ils soient déçus de leur élimination en Ligue des Champions. Mais encore une fois, c’est de leur faute. Et le moindre des professionnalisme, c’est de montrer un autre visage que celui, odieux, montré hier soir.  

Pierrot