Albanie - France : l'analyse
Posté par Pierre Ménès le 27 Novembre 2017
Trois défaites consécutives, un jeu collectif qui se délite, une motivation en berne : en quelques semaines, les Bleus sont revenus deux ans en arrière…

C’est plutôt pas mal de laisser passer quelques heures après un match pareil. Au-delà de tailler pour tailler, ça permet d’être un peu plus constructif et, en l’occurrence, d’essayer de savoir pourquoi et comment les Bleus en sont arrivés là. Perdre à domicile de façon aussi large face au Brésil et à la Belgique, deux équipes du Top 5 du classement FIFA, c’est une chose. Mais s’incliner de cette façon chez le 57e du même classement FIFA…

Je m’étais étonné qu’on inflige en fin de saison cinq jours de stage et un match amical en Albanie à des mecs qu’on a vus et revus sous le maillot Bleu. Alors vous allez me dire « mais les pauvres chéris, vu leur salaire ils peuvent bien faire un effort ». Sauf que la question n’est pas là. On a la chance d’être le pays organisateur du prochain Euro, c’était donc l’occasion d’aller puiser un peu de fraîcheur avant une saison prochaine qui s’annonce très chargée. De la fraîcheur, physique et mentale, les Bleus en ont clairement manqué. D’envie également. Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les joueurs eux-mêmes. Pas la peine de le préciser les gars, ça s’est vu. Et ça ne semble d’ailleurs choquer personne. 

Prendre un coup-franc dans la lucarne, encore une fois il n’y a que ceux qui veulent la peau de Lloris qui peuvent penser que c’était un but évitable. Alors que c’est justement le genre de but que n’importe qui peut encaisser, y compris les grosses équipes. Le vrai souci, c’est que les Bleus ne se sont pas créés une occasion digne de ce nom en 90 minutes. Pourquoi ? Parce que la défense ne participe pas au jeu, parce que les deux milieux défensifs sont restés collés à cette défense - créant un trou béant entre eux et Payet - et parce qu’on avait trois piquets devant.

Alors chaque cas offensif est différent. Concernant Lacazette, je n’ai jamais senti un enthousiasme tricolore pétaradant chez lui. Ce qui me gêne un peu. Giroud lui, a affiché des limites techniques dont tout le monde est au courant mais qui n’en restent pas moins problématiques. Quant à Griezmann, ces deux matchs laisseront une empreinte assez négative sur sa carte de visite en sélection. 

Gros yeux et marche arrière

Après une Coupe du Monde qu’on nous a survendue (rappelons-nous de la composition du groupe et de l’identité de l’équipe éliminée en 1/8 de finale) et la biennale du selfie joyeux qui a suivi, puis une campagne de matchs amicaux plutôt correcte, on a clairement l’impression que l’EdF est revenue en arrière. Comme au temps du sélectionneur précédent et même de celui d’avant.

Deschamps fait les gros yeux, c’est bien, mais il va falloir qu’il passe la vitesse supérieure, là. Il va déjà falloir trancher sur le cas de la défense centrale. Faire des essais, OK, mais là ça fait beaucoup et une charnière ne se construit pas en quelques semaines. Et puis, à un moment donné, il va falloir trouver une formule au milieu avec de la complémentarité et un projet de jeu mieux défini. 

On peut penser que Matuidi et Pogba sont deux titulaires inamovibles, il reste désormais à choisir le troisième larron avec soin. Un joueur avec une capacité technique suffisante pour être le dépositaire de l’animation offensive des Bleus. C’est ce qui m’a le plus marqué dans ce match : l’ahurissante faiblesse de l’animation offensive française. Deux coups de pied arrêtés et un tir lointain, voilà les actions les plus dangereuses des Bleus sur la pelouse d’Elbasan. Ça ne suffit évidemment pas.

Inquiétant à un an de l’Euro ? La réponse est dans la question : on est à un an de l’Euro ! Maintenant, dans ce groupe il est tout à fait probable que certains disparaissent de la circulation dans l’année qui vient et, a contrario, il y a fort à parier qu’un ou deux éléments que personne ne voit encore venir se révèlent et saisissent leur chance. Ce qui me dérange - et c’est le cas depuis bien trop longtemps -, c’est le manque d’enthousiasme général qui transpire de cette équipe. Un point extrêmement négatif mais dont Deschamps pourrait se servir pour la suite. Il a intérêt à le faire très vite, parce que pour le moment cette équipe de France est bloquée sur la marche arrière…

 

Pierrot