Hey mais au fait, c’est quoi, le féminisme « sexe-positif » ?

Présentée par Monsieur Poulpe, l’émission Crac Crac « décrypte le sexe en crypté » et s’est intéressée au féminisme. Et plus particulièrement au féminisme pro-sexe. Mais qu’est-ce que c’est, exactement ?
Posté par Création Décalée

Le féminisme, c’est la guerre : chaque nouvelle génération de militantes veut renverser celle qui l’a précédée. Il en est ainsi du féminisme dit sexe-positif. Il est né dans les années 80 aux États-Unis, en réaction au courant du féminisme « radical », anti-pornographie et anti-prostitution.

À l’époque, des groupes comme Women Against Pornography, à New York, mènent une intense campagne contre la pornographie, avec des moyens inventifs, outre les traditionnelles manifs (photo) et le lobbying.

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elles avaient le sens de la mise en scène : visites guidées des sex-shops de Times Square, soirées diapos avec des images de porno hardcore/SM, remise du prix de la publicité la plus sexiste avec un cochon en guise de trophée…
 

Face à elles, la jeune génération hétéro et homo qui ne se reconnaît pas dans ce discours, s’organise. Celle-ci pense que l'émancipation et l'égalité passent par la liberté sexuelle. Elles appellent les femmes à disposer de leur corps comme bon leur semble, et avancent que ce qui se passe dans la chambre à coucher a des conséquences sociétales.

À sa tête, la journaliste Ellen Willis, qui accuse ses sœurs « anti-sexe » de faire du néo-puritanisme, de l’autoritarisme moral et d’entraver la liberté d’expression. Ou encore des pionnières « post-porn moderne » comme Annie Sprinkle (photo), artiste et activiste, notamment célèbre pour sa performance Public Cervix Announcement, dans laquelle elle invitait les spectateurs à regarder son col de l’utérus.

Les deux camps s’affrontent longuement, au cours de débats enflammés ou par médias et essais interposés. Ce sont les « Feminist Sex Wars », qui marqueront la jonction entre la 2e et 3e vague du féminisme.
 

Le mouvement sera plus tard importé en France par des personnalités comme Virginie Despentes (King Kong Théorie) ou la réalisatrice Ovidie (Porno Manifesto).

Aujourd’hui, les idées pro-sexe ont bien sûr gagné du terrain, dans une société érotisée à l’extrême. Et ont accouché d’un pop feminism de bon aloi. Katy Perry, Beyoncé (photo), Nicki Minaj, Miley Cyrus, Rihanna… Toutes sont vues comme les icônes d’un féminisme sympa, ultra-sexualisé et coloré, Instagram-friendly, loin des transgressions passées.

Et une partie des féministes pro-sexe de la première l’heure s’interrogent : et si leur combat avait été récupéré par le grand capital, le spectacle et finalement, le patriarcat ?
 

Crac Crac, saison 2, Création Décalée, 10 épisodes de 40 minutes à découvrir sur Canal+, Canal+ Décalé et myCANAL.