Tout comprendre aux nombreuses identités de Basquiat

Comme l’explique la fiction biographique Basquiat, visite privée (le 3 avril sur CANAL+), le sulfureux peintre a placé la question noire au cœur de son œuvre.
Posté par Olympe Meissonnier

Dans le milieu de l’art contemporain new-yorkais des années 80, Basquiat (ci-dessus par Lee Jaffe)  fait figure d’outsider.

Non seulement il ne vient pas d’une école d’art chic, mais de la rue – dans laquelle il tague « SAMO », pour « same old shit » –, mais en plus, il évolue dans un monde où les minorités sont très rarement réprésentées.

On qualifiera vite de « Picasso noir » celui qui s’inscrit dans la tradition de Dubuffet, du mouvement Cobra ou de Cy Twombly.

Né en 1960 à Brooklyn d’un père haïtien et d’une mère portoricaine de la classe moyenne, il prend peu à peu conscience de son identité noire et hispanique. Dès ses débuts artistiques Basquiat interroge le spectateur sur la place des minorités aux États Unis. 

À 14 ou 15 ans, « tous ses travaux traitaient de l’identité noire », comme le rappelle dans un entretien pour Télérama Dieter Buchhart, le commissaire de la récente exposition Basquiat à la Fondation Louis Vuitton, où a été tourné Basquiat visite privée.

Et le jeune graffeur est bien sûr confronté au racisme. « Il ne pouvait pas commander un taxi lui-même », poursuit le commissaire. 

L’artiste décide de se battre. « Ses toiles sont des champs de bataille, pleines de boxeurs, d’esclaves », explique le narrateur du film, Disiz.

En 1981, dans Untitled, apparaît le mot « Heroe ». Tout est dit. À travers son œuvre vibrante, le peintre veut faire entrer les héros noirs dans l’histoire de l’art.

Il brosse son panthéon de grands hommes. Des musiciens de jazz, avec Charlie Parker ou Dizzy Gillespie (Horn Players). Des sportifs, avec le joueur de baseball Hank Aaron et le sprinteur Jesse Owens, médaillé d'or aux JO du 100 mètres de Berlin devant Hitler. Il met aussi en lumière des militants de la cause noire comme Malcolm X. 

Le monde de l’art préfère ignorer la dimension politique de ses toiles. Parfois très dures, comme Obnoxious Liberals, et son Samson enchaîné, ou Defacement (The Death of Michael Stewart), mettant en scène un jeune graffeur noir battu à mort par la police.

Malgré ses sujets dérangeants ses toiles s’arrachent, de son vivant déjà, à prix d’or.

Pas dupe pour autant du marché de l’art, Basquiat aura toutefois réussi à se frayer un chemin jusqu'à son sommet tout en donnant aux héros noirs la place qu’ils méritaient dans le monde de l’art.
 

Basquiat visite privée, Création Décalée, à voir dès le 3 avril sur CANAL+ et myCANAL.