Rencontre avec Michel Peyrard, réalisateur du documentaire Otage(s)

Le grand reporter Michel Peyrard nous parle de son film Otage(s), documentaire poignant qui permet à d’ex-otages de dire tout ce qu’ils n’ont jamais dit.
Posté par Création Documentaire le 30 Janvier 2019

Quelle est la genèse d’Otage(s) ?
 

La profession à laquelle j’appartiens – celle de journaliste – est largement visée par des rapts, depuis les otages au Liban (en 1985, ndlr). Parmi ces journalistes qui ont été enlevés figuraient des amis, dont Hervé Ghesquière.

Après sa libération, nous avons souvent parlé de ce qu’il avait vécu. Et puis, j’ai habité en Colombie, qui est « le » pays de la prise d’otages. J’y ai rencontré beaucoup de personnes qui avaient été détenues, et ai été frappé par la communauté des thèmes qu’ils abordaient.

Il s’agit d’une expérience de survie extrême avec plusieurs aspects : comment gère-t-on le stress de la capture, la relation avec les geôliers, la proximité avec la mort… Et la vie d’après. J’ai souvent trouvé que même si les ex-otages avaient été résilients, il y avait quelque chose de changé dans leur perception du monde. C’est tout cela qui m’a donné envie de réaliser ce film.
 

Les parcours des protagonistes sont variés, mais ils vivent tous le même type d’enfer.
 

Oui. Et pourtant, les conditions de détention sont très différentes. Cela va d’une geôle à un trou creusé à même la terre en passant par l’enfer que peut être le désert ou la jungle en Amazonie.

Les groupes kidnappeurs (FARC, talibans, Al-Qaïda…) sont aussi très différents. En dépit de tout cela, il y a beaucoup de points communs entre les ex-otages. 
 

Il n’y a pas de voix off, on s’attache peu au contexte géopolitique. L’idée était que les ex-otages puissent livrer leur version des faits ?
 

Exactement. Le film ne s’attarde pas sur les motivations des preneurs d’otages, par exemple. On donne la parole aux ex-otages. En les contactant, j’ai souvent entendu la même réponse : « Oui, je veux participer, car l’histoire qui a été racontée n’était pas la mienne. »

Il y a une sorte d’injustice dans le récit d’une prise d’otages. À leur libération, ils ne sont généralement pas prêts à prendre la parole. Il y a souvent beaucoup d’erreurs dans ce qui est dit. Ils ont un souci de vérité. 
 

Un soin particulier est apporté à la photographie, à l’habillage sonore et visuel.
 

Avec le coréalisateur Damien Vercaemer, on s’est dit qu’il fallait faire un film qui fasse honneur aux ex-otages, en procédant par évocations. Il n’y a pas de reconstitution.

Même démarche en ce qui concerne la bande sonore. On ne voulait pas montrer la violence à l’image, donc on a travaillé avec les ingénieurs du son et l’auteur de la bande originale, Mondkopf, sur cette évocation sublimée de ce que pouvaient être leurs conditions de détention.

Nous avons souhaité réaliser un film à la hauteur de leur calvaire, qui ne soit absolument pas racoleur. 
 

Otage(s), une Création Documentaire, le 13 février sur CANAL+.