Rencontre avec la créatrice de "Kings", la série qui bouscule la masculinité
Mika Tard, nous a expliqué le concept derrière cette série documentaire culottée et dans laquelle Marina Foïs, Amel Bent ou Nicole Ferroni se confrontent aux codes de la virilité.
Posté par Création Documentaire

Quelle est la genèse de Kings ?

Il y a quelques années, je m’étais travestie en homme dans un court-métrage. À un moment, je suis allée acheter des cigarettes en gardant ma barbe et j’ai trouvé que le regard des gens avait changé.

J’ai continué à porter la barbe de temps en temps, de manière ludique. Katia [Lewkowicz, la coréalisatrice] m’a dit : « Il faut qu’on fasse quelque chose avec ça », alors on a tourné un petit film.

Puis on a pensé que ce serait intéressant que je puisse interagir avec des partenaires. Les premières ont été deux vieilles copines : Ludivine Sagnier et Cécile de France, qui ont tout de suite été emballées par l’idée. Kings était né.

Le scénario a dû être chamboulé à l’épreuve de la réalité, non ? Vous ne pouviez pas contrôler les réactions des gens…

On a fait de chouettes rencontres. On s’est souvent fait griller, aussi ! Il s’est passé des choses surprenantes, comme à La Défense, où nous ne sommes tombées que sur des hommes très réfractaires.

Mais de manière générale, les mecs trouvaient ça sympa, et ont compris l’idée. On était là pour s’interroger sur le genre autant féminin que masculin, et pas vraiment pour faire une critique.

Vous vous appropriez des stéréotypes pour mieux les tordre ?

Oui, on a cherché à se jouer des clichés. On soulève des questions. Il y a un regard tendre posé sur les deux sexes – qui, tous les deux, portent le poids d'injonctions. Nous avons toujours été surprises en découvrant où les épisodes nous emmenaient !

Qu’est-ce qui t’a le plus surprise ?

Voir qu’il existait une vraie complicité masculine. C’est quelque chose qu’on a toutes remarqué. 

On parle beaucoup de construction de genre en ce moment. Kings était-il un moyen de dédramatiser ces questions grâce à l’humour ?

Oui, c’était le but. Nous ne sommes pas en guerre. On est dans une époque où l’on recrée un peu des communautés dans les communautés, où chacun a besoin d’être dans sa catégorie… Kings est joyeux.

Qui a, selon vous, incarné l’homme le plus convaincant ?

Toutes, chacune dans leur genre ! Elles sont très surprenantes, totalement inattendues. Elles arrivent avec une idée en tête : « Je serai ce style d’homme », et une fois la barbe posée, elles construisent un tout autre personnage en fonction de ce qu’elles dégagent.

Eye Haïdara a dit : « Je vais être Jason, à l’américaine ! » Et quand elle se voit en homme, elle s’écrie : « Je suis Mamadou ! » Amel Bent, en Jamel, se lâche totalement… Aurélie Saada, débordante de pêche, devient fragile… C’était une expérience démente. 

Kings, Création Décalée, 10 épisodes de 10 minutes, dès le 29 novembre sur CANAL+ Décalé.