Raymond Depardon, un regard humaniste sur le monde

Le photographe et réalisateur a révolutionné le documentaire, avec son approche très personnelle.
Posté par Création Documentaire

Paysans, patients, prévenus, policiers, passants rencontrés dans la rue… Raymond Depardon n’est pas documentariste du glamour, plutôt du quotidien.

Filmant ceux qui n’intéressent pas grand-monde, les oubliés, les précaires, les silencieux, à qui on ne donne jamais la parole, il installe sa caméra là où on ne l’attend pas, en immersion dans des institutions fermées jusqu’aux campagnes dépeuplées. 
 

Souvent sans voix off (jugée parasitaire) mais empreint d’empathie, de délicatesse et de retenue, le travail de ce reporter de l’intime, comparable à celui de son homologue américain Frederick Wiseman, aborde tous les grands sujets de société.

Avec son style, en se faisant tout petit (« faire le lampadaire, bouger le moins possible », dit-il) et laissant les gens parler entre eux, il réinvente, dès les années 70, l’art du documentaire en France. 
 

Avant cela, en tant que photographe, Raymond Depardon a été à la bonne école. Né en 1942, ce fils de cultivateurs du Beaujolais s’intéresse très tôt à l’image et à l’idée de « garder une trace ».

Dans la ferme de son enfance, il immortalise, dès 12 ans, toutes les étapes importantes de la famille, avant de devenir, à force de travail et de persévérance, photographe professionnel. 
 

C’est son premier grand reportage au Sahara, à 18 ans, qui le lance. Il couvre ensuite la guerre d’Algérie, du Viêt Nam, se rend en Afghanistan, traque les stars.

Le fondateur de l’agence Gamma met toujours son empathie au service de ses reportages, comme lorsqu’il documente la captivité de l’ethnologue Françoise Claustre, otage au Tchad dans les années 70.
 

Empathie qu’on retrouve dans tous ses films et notamment dans un de ses travaux les plus emblématiques : sa trilogie agricole Profils paysans (2001-2008), chronique d’un monde rural qui disparaît.

Ou son dernier documentaire, l’émouvant 12 jours (meilleur documentaire aux César 2018), qui filme les patients hospitalisés en psychiatrie sans leur consentement. Sans voyeurisme aucun, comme à son habitude : juste l’essentiel.
 

12 jours, Film Documentaire, disponible sur myCANAL.