"OM, dans les yeux des miens", le doc qui va faire du bien aux supporters marseillais
Supporter de l’Olympique de Marseille depuis toujours, le journaliste et écrivain Philippe Pujol a décidé de tourner un film qui rend hommage à la passion débordante des habitants de la ville pour le club. Il en tire un portrait collectif touchant qui met en évidence le rôle social de l’OM dans la vie des supporters marseillais.
Bien plus que du football
Hasard du calendrier, la diffusion de cette nouvelle Création Documentaire CANAL+ tombe à point nommé pour les supporters marseillais, dont le club traverse une crise qui va au bien au-delà du sportif et qui concerne justement une partie d’entre eux. Pour oublier ces ennuis, on ne peut que leur conseiller de jeter un œil à l’heure et demie consacrée par le prix Albert Londres 2014 à ses semblables, les fans inconditionnels de l’OM.
Pendant la saison dernière, il a en effet décidé de donner la parole à de nombreux supporters qui illustrent la diversité des tribunes du Vélodrome. Ici, il n'y a aucun commentaire en voix-off : le montage nous fait passer d’un quartier à l’autre au fil des témoins, issus de milieux très différents qui racontent tous une passion irrationnelle pour le club.
On le comprend d’ailleurs vite dans le film, le football est quasiment secondaire dans cette histoire – et il est d’ailleurs laissé hors-champ dans les images. Ce qui compte le plus, c’est la communion que le club permet, les émotions qu’il transmet, et ce que chacun y projette.

Une mémoire à transmettre
L’OM est une famille d’adoption, une religion, une façon aussi de revendiquer une identité sociale marseillaise face à la toute-puissance – politique, économique, culturelle, symbolique – de la capitale, comme l’explique très bien un des supporters.
Dans une ville dont les problèmes sont bien connus, le temps s’arrête lors des matchs : la caméra du réalisateur saisit ces après-midis où la fureur du Vélodrome semble irradier toute une ville qui vibre à l’unisson. Au stade comme en dehors, on voit de petits groupes se retrouver invariablement pour dire leur fierté d’être marseillais et de se considérer comme les vrais propriétaires de l’âme de l’OM.
Peu importe que les joueurs et les dirigeants plus ou moins performants se succèdent et que les résultats sportifs ne suivent pas, ces supporters seront toujours là, notamment pour transmettre en héritage et de génération en génération la mémoire de ce club pas comme les autres, où tout est plus excessif qu’ailleurs – y compris les réactions du public.

Le spectacle est ailleurs
Quasiment tous les témoins interrogés racontent d’ailleurs avoir été exposés dès leur plus jeune âge à ce qui ressemble à un rite d’initiation, avec ses codes – les magnifiques tifos et graffitis, mais aussi le défouloir des insultes –, ses leaders – dont le très médiatique Rachid Zeroual des South Winners, bien présent à l’écran – et ses valeurs, en particulier la lutte contre le racisme.
Et même les sceptiques peuvent se convertir : plutôt réfractaires au foot, les parents d’un supporter décédé accidentellement (Clément) lors d’un déplacement à Angers racontent ainsi avoir été accueillis au stade par son groupe, qui les aide à faire vivre la mémoire de leur fils en lui rendant régulièrement hommage.
À Marseille, on se targue de n’oublier personne, et surtout pas Patrice de Peretti (Depé), ce supporter invariablement torse nu et dos à la pelouse, qui donne son nom à ce documentaire. Il expliquait regarder les matchs « dans les yeux des [siens] » et ce film permet de comprendre pourquoi. Au Vélodrome plus que partout ailleurs en France, le vrai spectacle se trouve dans les tribunes.

OM, dans les yeux des miens, une Création Documentaire disponible sur CANAL+.
