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"Les Minots : le football à l'état pur", le doc sur les Marseillais qui ont sauvé l'OM de la disparition

Trop méconnue des supporters, cette épopée sportive est pourtant l'une des périodes les plus décisives de l'histoire du club marseillais. Elle est racontée pour la première fois par les joueurs de l'époque dans un documentaire au long cours qui a nécessité plusieurs années de travail.

Dans l'ombre des années Tapie

De l'OM, on connaît bien sûr les pages les plus célèbres, celles plus ou moins glorieuses des années Tapie, avec des titres en pagaille, dont bien sûr la fameuse Ligue des champions 1993.

Mais on sait moins que sans une équipe constituée de jeunes du centre de formation, le club aurait pu disparaître bien avant ces grandes années. Nous sommes alors au tout début des 1980's, et la ville est abasourdie : après une saison totalement calamiteuse, le club est relégué en deuxième division.

Et les malheurs ne s'arrêtent pas là, puisque l'année suivante, l'OM se rapproche dangereusement d'une deuxième relégation à l'échelon encore inférieur, qui serait synonyme de disparition.

Criblé de dettes, le club est placé en liquidation judiciaire en avril 1981, à quelques matchs de la fin de la saison, les joueurs professionnels – souvent indignes du haut niveau – mettent les voiles.

Le club n'a pas d'autre choix que de faire appel aux "Minots" de l'équipe réserve, des jeunes pour la plupart issus des quartiers de Marseille, et qui n'ont qu'une envie : porter le maillot de l'OM et se battre comme des morts de faim pour ses couleurs.

Miraculeusement et contre toute attente, ce grand coup de balai s'avère en réalité être une bénédiction pour l'OM. : en six matchs, l'opération maintien est réussie par cette équipe qui reste invaincue, et qui fait revenir le public dans un stade Vélodrome qui avait été complètement déserté par ses supporters, écœurés par les résultats du club.

Un football d'un autre temps…

C'est cette folle opération survie que raconte le documentaire, mais pas seulement, puisqu'il revient également sur les saisons suivantes et la quête difficile de la remontée en première division par les Minots.

Et le grand intérêt de ce film, c'est qu'il se passe de toute narration extérieure pour confier le récit aux acteurs de l'époque, les joueurs, quasiment tous présents pour revenir sur cette période où l'OM était devenu un club exsangue financièrement, incapable de payer ses joueurs voire les factures d'électricité.

José Anigo, Marc Lévy, Jean-Charles De Bono ou encore Eric Di Meco rivalisent d'anecdotes savoureuses sur cette aventure qui raconte aussi un football d'un autre temps, où l'on voyageait à l'économie dans des trajets épuisants, avant de manger un morceau de poulet congelé et de faire la sieste sur une table.

Tous gardent de bons souvenirs de cette frugalité, car l'amour du maillot de ces Marseillais du cru passait avant tout. Pas étonnant d'ailleurs s'ils reconnaissent aussi volontiers être littéralement rentrés dans le lard de leurs adversaires pour les intimider et les battre.

Mais était-ce mieux avant ?

L'occasion de se remémorer également qu'à cette époque, l'arbitrage n'avait rien à voir avec aujourd'hui : les joueurs enchaînaient les tacles hallucinants mais étaient rarement sanctionnés. Cet engagement physique total n'avait qu'un but : gagner à tout prix, même si tout n'était pas très joli – euphémisme – comme le prouvent les nombreuses archives de l'époque.

Ces dernières permettent aussi de redécouvrir un stade Vélodrome méconnaissable, avant la rénovation réalisée pour l'Euro 84, qui oblige les Minots à jouer pendant une saison au stade de l'Huveaune, son ancienne enceinte vétuste dont la pelouse ressemble à un champ de patates.

Aujourd'hui, ces images peuvent amuser, mais elles déclenchent surtout une certaine nostalgie pour une période où les grands clubs français étaient dirigés par des petits patrons locaux – souvent incompétents en football mais secondés par des barons politiques locaux comme Gaston Defferre, le maire historique de Marseille – et pas des grandes fortunes étrangères, où l'arrêt Bosman n'existait pas, et où on donnait sa chance à tous les jeunes du centre de formation dans l'équipe première.

Était-ce mieux avant pour autant ? La réponse est dans la question.

Les Minots : le football à l'état pur, un documentaire seulement sur CANAL+.