Le marché de l’art aime-t-il vraiment les artistes ?
Le documentaire The Price of Everything montre un monde l’art devenu incontrôlable, où règnent la spéculation et la loi du plus fort. À se demander si le marché aime vraiment ses artistes…
Posté par Création Documentaire

Certains artistes vendent leurs œuvres à plusieurs millions d’euros, quand d’autres, hier cotés, tombent dans l’oubli.

Dans The Price of Everything, qui opère une radiographie du monde de l’art contemporain sous le prisme de l’argent, on constate que le marché est devenu fou.

Ce secteur, estimé à 56 milliards de dollars en 2016, obéit à des logiques mercantiles implacables. 
 

Dans ce nouveau paradigme, seuls les plus forts survivront. Le mégalomaniaque Jeff Koons l’a bien compris : il fait fabriquer ses œuvres en série par des employés… Tandis que les autres rament loin, très loin derrière. 
 

Pour exister dans un environnement ultra-compétitif (avec mille fois plus d’artistes que dans les années 70, comme le rappelle le curateur Paul Schimmel), il faut adopter des logiques marketing et productivistes.

Ce que refuse de faire la multi-primée Njideka Akunyili Crosby, qui ne crée « que » douze toiles par an, d’une grande complexité. 
 

Plus radical : Larry Poons. Hier un des chefs de file de l’expressionnisme abstrait, il vit aujourd’hui à l’écart du monde, avec une cote fluctuante sans raison. « Un calcul malsain et spéculatif » pour l’historienne Barbara Rose, signe d’un « monde de l’art pervers et sens dessus dessous ».

« On me croit mort depuis longtemps. Je n’y peux rien », dit l’octogénaire, qui planche sur la même toile depuis 1971 ! 
 

Bien sûr, les artistes morts sont plus chers. Les œuvres, elles, sont considérées comme des biens. Quand elles ne sont pas achetées par des collectionneurs qui veulent une création qui soit avant tout « assortie au tapis » (dixit le collectionneur Stefan Edlis), ils cherchent simplement le profit.

Les artistes, qui avouent ne rien comprendre au marché et se faire régulièrement avoir par des spéculateurs (enfin, quand ils vendent), sont complètement dépassés.

Le grand Gerhard Richter le reconnaît lui-même, en pointant une de ses toiles, qu’il préfèrerait voir dans un musée plutôt que dans une collection privée (mais les musées ne peuvent plus suivre les prix) : « Ce n’est pas normal que ça coûte aussi cher qu’une maison. C’est beau, mais ce n’est pas une maison ! »
 

The Price of Everything, Documentaire, à voir dès le 21 février sur CANAL+ Décalé et myCANAL.