Jeff Koons : pourquoi tant de haine ?

Le documentaire The Price of Everything, à voir dès le 21 février sur CANAL+ Décalé et myCANAL, donne la parole à un des artistes les plus conspués (et les plus chers !) de l’art contemporain, symbole à lui seul de tous ses excès.
Posté par Création Documentaire

Qui de mieux que Koons pour personnifier la fièvre qui s’est emparée du marché de l’art contemporain ?

À 64 ans, le roi inégalé du kitsch est à la (dé)mesure de l’époque : mégalo, scandaleux, conspué, adulé… Et hors de prix.

En 2013, son Balloon Dog orange avait été adjugé à plus de 58 millions de dollars, faisant de lui l’artiste vivant le plus cher au monde. (Il a depuis été détrôné par David Hockney.)
 

Son art, lui, est souvent à l’image de son ego, monumental. Il n’y a qu’à voir Seated Ballerina, une sculpture gonflable de 14 mètres de haut.

Ou l’embarrassant Bouquet of tulips (12 mètres de haut pour 33 tonnes) offert à la Ville de Paris après les attentats de novembre 2015, qui provoqua une levée de boucliers de la part des milieux arty-intellectuels.

Lesquels poussaient déjà des cris d’orfraie lors de la rétrospective du plasticien au Centre Pompidou, en 2014, ou de son exposition au Château de Versailles, en 2008. 
 

C’est peu dire que cet ex-courtier divise. Pour beaucoup, l’Américain incarne tout ce qui est détestable, avec un art néo-pop vulgaire, boursouflé, fake et miroitant, vide et pompier, dans lequel on se reflète, mais qui ne renvoie rien.

On accuse régulièrement de plagiat ce maître de l’appropriation (il est d’ailleurs souvent condamné) qui doit beaucoup à Duchamp. Surtout, on lui reproche de sous-traiter le travail à une armada d’assistants et de n’être que le patron d’une (très lucrative) usine. 
 

Pour d’autres au contraire, il est génial.

Jean de Loisy, ex-boss du Palais de Tokyo et directeur des Beaux-Arts de Paris, le voit par exemple comme un observateur avisé de l’époque, « sensible à l'attractivité des productions du capitalisme », qui « en reprend les images et installe au cœur de ces objets gonflés, le vide qu'ils sont censés combler ».

Paria du milieu de l’art, qu’on l’aime ou le déteste, Jeff Koons n’en demeure pas moins l’un de ses acteurs les plus captivants. Aussi sibyllin et fascinant que le visage de ses fausses sculptures antiques. 
 

The Price of Everything, à voir dès le 21 février sur CANAL+ Décalé et myCANAL.