Cinéma au féminin pluri(elles) : Un documentaire post affaire Weinstein pour avancer

Patrick Fabre dresse un état des lieux éclairant d’une industrie cinématographique qui a bien du mal à travailler avec les femmes.
Posté par Création Documentaire

L’image est historique : le 12 mai 2018, à l’appel du collectif « 50/50 en 2020 », on assiste à une montée des marches post-Weinstein 100 % féminine à Cannes.

Menées par Cate Blanchett et Agnès Varda, 82 professionnelles du 7e art ont réclamé l’égalité et la parité.

Quatre-vingt-deux, c’est le nombre de femmes sélectionnées en compétition pour la Palme d’or depuis sa création, contre 1688 hommes… 

Et dans le cinéma, elles n’en sont pas à une inégalité près. Moins payées (-42 % que leurs homologues masculins, pour les réalisatrices), moins respectées, elles doivent en faire deux fois plus que les hommes.

Au-delà de chiffres très parlants et de son aspect pédagogique, ce qui fait la force du film, ce sont ses histoires individuelles. Devant la caméra, la parole est libérée. 

Tonie Marshall raconte qu’à ses débuts, un chef opérateur l’a empêchée de voir les prises de vue sur un de ses propres tournages. Et cette pratique n'est pas si lointaine.

Stéphanie Pillonca lui fait écho, en racontant que lorsque un réalisateur dirige un film d’une main de fer, on dit qu’il sait ce qu’il veut, mais que lorsqu’il s’agit d’une réalisatrice, elle est taxée d’hystérique ou de capricieuse.

Toutes, au fond, racontent la même histoire.

Celle d’une industrie qui enferme les femmes dans des cases. Catherine Corsini voit trop de rôles féminins « tartignolles », tandis que Deniz Gamze Ergüven, réalisatrice de Mustang et Kings, doit se battre en permanence contre l’idée qu’elle devrait se cantonner à faire des « films de femmes », sans que l'on sache vraiment ce que cela veut dire.

Un monde du cinéma qui leur met aussi énormément de bâtons dans les roues : les réalisatrices ont bien plus de mal à faire financer et distribuer leurs films… 

Ces différents témoignages, constructifs et sans tabous, permettent de mieux comprendre les rouages de ces inégalités tenaces. Et proposent des pistes, à commencer par avoir des institutions culturelles paritaires.

Un film inspirant et nécessaire pour que cinéaste puisse aussi se conjuguer au féminin. 

Cinéma au féminin pluri(elles), Documentaire, à voir dès maintenant sur myCANAL et CANAL+ Cinéma.