"Adieu ma honte", une série doc bouleversante sur le fléau de l’homophobie dans le foot
Ancien espoir du club de Toulouse, Ouissem Belgacem a vu sa carrière brisée par le rejet de l’homosexualité qui reste la norme dans le football. Déjà auteur d’un livre choc sur le sujet, il enfonce le clou avec une série documentaire aussi émouvante que nécessaire.
L’apprentissage de la haine de soi
En mai 2021, la parution d’un livre autobiographique a fait grand bruit en France et à l’étranger. Dans Adieu ma honte (Fayard), l’ancien joueur Ouissem Belgacem raconte son parcours chaotique d’ancien footballeur, terrorisé à l’idée que son homosexualité soit dévoilée et signe la fin de sa carrière.
Accablé par la honte et l’homophobie qui règne partout dans ce sport, il finira par abandonner lui-même son rêve de devenir footballeur professionnel, alors qu’il était l’un des espoirs du centre de formation du TFC, aux côtés de Moussa Sissoko et Étienne Capoue notamment.
Ce déchirement est raconté dans le premier épisode de la série, où Ouissem Belgacem fend le cœur en expliquant comment il faisait tout pour passer pour un hétérosexuel modèle auprès de ses coéquipiers et de tout son entourage, familial comme amical.
Il est alors impossible pour lui de faire son coming out : dans le milieu homophobe du football, cela se ne fait pas. Les rares qui ont osé ont payé un prix très élevé. Alors Ouissem Belgacem se tait et donne le change, confiant même avoir intégré lui-même l’homophobie qui règne notamment dans les stades, où on chante qu’il faut "tuer les PD".
Il apprend à se détester et à cacher sa vérité, mais ce combat contre lui-même le laisse psychologiquement exsangue. Après avoir fait le constat que l’homophobie le suit même dans les stades aux Etats-Unis, il met un terme à sa carrière et fait ses adieux au maillot de la sélection tunisienne, qui faisait sa fierté.

Un drame familial
Pas question pour autant de faire son coming out auprès de tout le monde : la série documentaire revient sur le lent cheminement personnel de Ouissem Belgacem, forcé de s’exiler à Londres afin de vivre librement pour la première fois son homosexualité dans une ville qui l’accepte.
Car en France, il a aussi dû s’éloigner de sa famille. C’est l’autre drame de ce documentaire, raconté dans le troisième épisode, où Ouissem Belgacem revient sur sa relation conflictuelle avec sa mère, musulmane pratiquante comme lui.
Issue d’une autre génération et d’un autre pays (la Tunisie), celle-ci se montre d’abord incapable de respecter la révélation tardive de l’homosexualité de son fils, qu’elle considère comme un drame absolu. Comme lui lorsqu’il était jeune, elle prie chaque soir pour qu’il se réveille hétérosexuel.
Ces séquences sont déchirantes : pendant plusieurs années, Ouissem Belgacem et sa mère ne se parlent plus. Heureusement, la série offre une note d’espoir qui met un peu de baume au cœur.
Après plusieurs années de travail sur le sujet, la maman de l’ancien mouton noir de la famille finit par accepter son fils comme il est. Son témoignage dans le film et la séquence où elle se réconcilie définitivement avec Ouissem sont des moments très forts de télévision.

Un délit encore largement accepté
Mais tout n’est pas rose pour autant. Dans le dernier épisode, l’ancien espoir du TFC est filmé alors qu’il se rend dans les centres de formation de grands clubs français pour prêcher la tolérance et le respect de la différence auprès des footballeurs de demain. On mesure alors l’ampleur colossale du travail qui reste à accomplir pour vaincre l’homophobie dans le football.
Ouissem Belgacem est confronté à des jeunes qui semblent la plupart du temps considérer l’homophobie comme la normalité et non comme un délit (ce qu’elle est). On comprend mieux devant ces séquences pourquoi plusieurs joueurs de Ligue 1 ont malheureusement fait parler d’eux il y a plusieurs semaines en refusant de porter un simple flocage arc en ciel sur leur maillot. Cruelle ironie du sort : la plupart d’entre eux évoluent au TFC, l’ancien club de Ouissem Belgacem...
Pas soutenu par la fédération – dont l’ancien président Noël Le Graët était complètement insensible à la question de l’homophobie –, Ouissem Belgacem apparaît une nouvelle fois seul contre tous, dans un milieu où les supporters pensent que les chants homophobes ne sont pas homophobes, et où l’homosexualité est encore vue comme un choix (ce qui est faux).
Comme le dit l’un des témoins du film, si la mère de Ouissem Belgacem a été capable de revoir sa position sur la question, tout le monde devrait pouvoir en faire de même. La honte doit changer de camp, maintenant.

Adieu ma honte, une série documentaire CANAL+ DOCS, disponible avec CANAL+.
