De L’Exorciste à The New Pope : quand les hommes d’Église affolent les écrans

Malmenés par des forces qui les dépassent ou eux-mêmes coupables des pires atrocités, les représentants ecclésiastiques inspirent régulièrement le cinéma et la télévision entre fascination et répulsion, fiction et dénonciation de conduites scandaleuses. À l’occasion de la prochaine diffusion de la Création Originale signée Paolo Sorrentino, petite analyse d’un archétype aux multiples enjeux.
Crises de foi

Inépuisable source de fantasmes populaires, la figure du prêtre amoureux semble hanter depuis toujours la littérature et le cinéma, qu’elle prenne des tonalités mélodramatiques (Les Oiseaux se cachent pour mourir de Daryl Duke) ou humoristiques (le récent CoeXister de Fabrice Eboué). Au-delà de l’interdit fondamental, l’apparition soudaine du désir charnel questionne la foi elle-même. En proie à un déchirement intérieur, l’homme d’Église perd la raison, adoptant un comportement quasi sadomasochiste. On pense évidemment à l’archidiacre Frollo de Notre-Dame de Paris devenu un inoubliable « méchant » de cinéma chez Jean Delannoy en 1956 puis en version animée chez Disney quarante ans plus tard. Créée en 2016 et inspirée de comics du même titre, la série Preacher évoquerait plutôt une destinée inverse, celle d’un révérend désabusé qui découvre la véritable existence de Dieu.

Antihéros de films de genre

Se réappropriant l’esthétique gothique et les peurs engendrées par la violence d’une chrétienté autrefois régie par l’Inquisition, les cinéastes placent l’homme d’Église au cœur d’intrigues extraordinaires bousculant ses certitudes et sa légitimité dans la lutte contre le Mal. Ainsi dans le thriller médiéval Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud le franciscain campé par Sean Connery mène une enquête qui le confronte à la corruption, aux tourments et aux déviances de ses pairs. Le prêtre se retrouve aussi très souvent dans la position d’unique rempart contre l’horreur satanique et le paranormal, à moins qu’il n’en soit la cause ! En témoigne une longue liste d’œuvres flirtant avec le blasphématoire : L’Exorciste de William Friedkin, La Malédiction de Richard Donner, Prince des Ténèbres de John Carpenter, les films de la Hammer, etc.

De sombres vérités

Enfin, le cinéma et la télévision peuvent démasquer la réalité la plus abjecte et révéler les paradoxes des hommes de foi. Otto Preminger décrit ainsi dans Le Cardinal (1963) l’ambiguïté politique d’un archevêque séduit par le nazisme tandis que Sur le chemin de la rédemption de Paul Schrader avec Ethan Hawke (2017) met en exergue la proximité d’une paroisse avec des multinationales aux pratiques douteuses. Mais ce sont surtout les affaires de pédophilie qui ternissent l’image de l’homme d’Église sur nos écrans, de La Mauvaise Éducation de Pedro Almodovar à Grâce à Dieu de François Ozon sorti cette année, en passant par Spotlight de Thomas McCarthy et la série australienne Devil's Playground. Le chemin de croix devrait se poursuivre avec The New Pope et son Vatican énigmatique. L’insaisissable Pape Pie XIII incarné par Jude Law ne renonce en effet jamais aux secrets, aux attitudes manipulatrices et choix contradictoires, ni à sa rigueur controversée. Triomphe de la ferveur catholique ou lente descente aux enfers ?

The New Pope, une Création Originale CANAL+, bientôt sur CANAL+.