Yves : quand les objets sont aussi des héros de cinéma

Posté par Rosario Ligammari le 25 Juin 2019
Présenté cette année à la Quinzaine des réalisateurs et dans les salles ce mercredi, Yves met en scène un frigidaire en tant que personnage central de l'histoire. Cette idée est un excellent prétexte pour dérouler l'univers loufoque et poétique de son réalisateur Benoît Forgeard. Et c'est l'occasion pour nous de faire un petit retour en arrière sur ces films qui placent les objets en tant que sujets.
Les objets qui ressemblent aux humains

Quand on pense à un objet en tant que personnage de cinéma, c'est le robot qui vient d'abord en tête. Récemment la série Real Humans (Lars Lundström, 2012-2014) mettait justement en scène des robots qui remplacent les humains dans les tâches ménagères. Jusqu'à ce que certains se rebellent... Plus vieux, le film Une fiancée pas comme les autres (Craig Gillepsie, 2008) racontait comment Ryan Gosling tombait amoureux d'une poupée. Si l'on remonte encore dans le temps, Christophe Lambert dans I love you (Marco Ferreri, 1986) s'éprenait d'un porte-clefs qui ressemblait à une femme. Ces objets sont des personnages à part entière dans la mesure où ils se rapprochent « physiquement » des êtres vivants. Il est alors moins difficile de les rendre... humains.

Les objets en tant que personnages du futur

Humaniser un objet alors qu'il est froid et sans vie, c'est une autre histoire. Et c'est en partie celle d'un certain cinéma de science-fiction. L'objet strictement réduit à son état a une importance aussi capitale – voire plus – que les personnages de chair. Prenons deux films de science-fiction très différents : Retour vers le futur (Robert Zemeckis, 1985, 1989, 1990) et 2001 : L'Odyssée de l'espace (Stanley Kubrick, 1968).

Dans la trilogie de Robert Zemeckis, la DeLorean est aussi importante que Marty et Doc. Elle est littéralement le moteur de l'intrigue : sans la voiture, pas de voyage dans le temps. Dans 2001, Hal 9000 est un système informatique doté d'une intelligence artificielle. Référencé dans les encyclopédies en tant que « personnage », peut-être est-il plus symbolique dans l'inconscient collectif que les êtres humains à bord du vaisseau Discovery.

Les objets dans l'animation, l'horreur et... la comédie

Dans les films d'animation, il est « normal » qu'un objet soit sujet, de Disney à Pixar. Cela peut être – encore une fois – des voitures dans la trilogie Cars (Cars 1 et 2, John Lasseter, 2006, 2011 ; Cars 3, Brian Fee, 2017). Les objets sont alors héros. Rayon films d'horreur, en revanche, ils font souvent le mal : dans Christine (John Carpenter, 1984), la voiture – encore et pour finir – est maléfique. Dans Rubber (Quentin Dupieux, 2010), le pneu, lui, est un dangereux tueur.

Avec son nouveau film Yves, Benoît Forgeard se pose en cousin pas si éloigné de Dupieux, dans sa dimension surréaliste. Malgré son nom humain, Yves est un objet on ne peut plus glacial, littéralement, puisqu'il s'agit d'un réfrigérateur ; plus exactement un fribot, mot valise qui contient frigo et robot. Il est censé être utile à Jerém, personnage incarné par William Lebghil (Dora Tillier et Philippe Katerine sont également de la partie). Yves s'avère être un bon objet de compagnie mais il se pourrait bien qu'Yves jette finalement un froid dans ce monde somme toute assez foutraque. Cette fois-ci pas de panique : c'est fait pour être drôle. Parce que oui – on aurait pu oublier cette possibilité – mais rendre un objet humain peut aussi donner lieu à une bonne comédie absurde.

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