Un couteau dans le cœur : chaud comme le sexe, froid comme la mort

Posté par Rosario Ligammari le 1 Juillet 2019
Avec Un couteau dans le cœur, le sexe se mêle au crime dans un univers pop baroque très sophistiqué. En rendant un subtil hommage au thriller érotique et en particulier au giallo, Yann Gonzalez réalise un film d'esthète à la fois référencé et singulier.
Quand le sexe s'invite dans le crime

Au cinéma, éros et thanatos fusionnent depuis des lustres – ce n'est pas Alfred Hitchcock qui contredirait pareille affirmation. A partir des deux pôles (petite mort/grande mort), Brian de Palma, disciple du Maître du suspense, a construit ses films les plus « personnels », de Pulsions (1981) à Body Double (1985) jusqu'à Passion (2013), son dernier en date qui revenait à ses premières amours, ses obsessions de toujours.

Durant les années 80, dans la lignée de De Palma, il y a eu ce qu'on a nommé explicitement le « thriller érotique », marqué par des films comme La fièvre au corps (Lawrence Kasdan, 1982), La Féline (Paul Schrader, 1982) ou même Blue Velvet (David Lynch, 1987).

Basic Instinct (Paul Verhoeven, 1992) a quant à lui redynamisé le genre dans les années 90. Il y a eu ensuite Silver (Philip Noyce, 1993) emmené par la même Sharon Stone, Jade (William Friedkin, 1995), Bound (les Wachowski, 1996), jusqu'à Sexcrimes (John McNaughton, 1998) polar un poil hot qui – même s'il ne représente pas le must en la matière – porte à l'intérieur de son titre la synthèse ultime du genre.

Le giallo revisité

Avec Un couteau dans le cœur (Yann Gonzalez, 2018), le sexe s'invite encore dans le crime. En terme d'influence, le film lorgne beaucoup du côté d'un genre spécialisé dans le plaisir charnel autant que dans le sang : le giallo. Pour rappel, le giallo est un genre italien et à petit budget mi-policier mi-érotique, à la limite du fantastique, avec cette figure récurrente : le tueur ganté qui poignarde des femmes sexy. Incarné par Mario Bava et Dario Argento, son âge d'or se situe dans les années 70.

Délocalisé à Paris, Un couteau dans le cœur se déroule à cette période. Anne (Vanessa Paradis) est productrice de pornos gays ; étrangement, ses acteurs disparaissent au fur et à mesure. Doté d'une esthétique baroque et raffinée, à la fois noire et gorgée de couleurs, Un couteau dans le cœur baigne dans une atmosphère lascive pendant que la mort menace. Et, sans spoiler, l'arme du crime est tout à fait érotique – phallique, c'est le moins qu'on puisse dire.

Au milieu des clins d’œil, un film singulier

Avant d'être cinéaste, Yann Gonzalez a été critique de cinéma : il en connaît un rayon sur les films bis pointus comme un couteau. Le sien renvoie aux belles heures de Brian De Palma et Dario Argento mais aussi à Kenneth Anger ou Georges Franju – son tueur ressemble aux Yeux sans visage (1960).

Un couteau dans le cœur (qui rappelle au passage le travail de Gonzalez sur le clip Les vacances continuent de Perez) est un film comme on en voit peu en France. Il se situe dans la lignée de ce qu'a fait le couple Hélène Cattet/Bruno Forzani (Amer, 2010 ; L'étrange couleur des larmes de ton corps, 2014). Dans un autre style, on pense aussi au long-métrage Les Garçons sauvages (2018) de Bertrand Mandico : ce dernier fait d'ailleurs une apparition dans le film. De plus, là où le giallo est habituellement dominé par une imagerie hétérosexuelle, Un couteau dans le cœur se déroule dans un milieu homosexuel. Ce qui achève d'en faire, en plus d'un bel hommage au genre, un film très singulier.

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