The Guilty : un thriller téléphonique dont on ne décroche pas

Posté par Rosario Ligammari le 13 Juin 2019
Dans The Guilty, le postulat est radical : rien n'est montré à l'écran, tout se déroule par téléphone. Basé sur une histoire de kidnapping, le réalisateur danois Gustav Möller a séduit le public avec ce long-métrage en forme d'exercice de style tendu, sur le fil du rasoir.
Le téléphone filmé

Avec The Guilty, le Danois Gustav Möller fait un pari aussi audacieux que minimaliste : son film met le spectateur en apnée dans un huis clos exclusivement téléphonique. Asger Holm (Jacob Cedergren, tout en nervosité) passe sa vie en ligne. Et pour cause : il est opérateur du 112 à Copenhague ; son travail consiste à résoudre les problèmes depuis son bureau, assis, le combiné à l'oreille. Jusqu'à ce qu'un appel change sa vie. Une femme, un enlèvement, deux enfants à la maison. L'expression « simple comme un coup de fil » n'a jamais été aussi peu appropriée.

Un autre film à l'autre bout du fil

Au cinéma, il y a la partie visible et le hors-champs. On dit souvent que ce qui se trouve dans la tête du spectateur est aussi important que ce qui se déroule à l'écran. De la même famille que Phone Game (Joel Schumacher, 2003), qui a lieu dans une cabine téléphonique, ou Buried (Rodrigo Cortes, 2010), qui se passe dans un cercueil avec un portable à moitié chargé, The Guilty demande au spectateur de bien écouter pour y voir plus clair. L'imagination doit être mise à l'épreuve puisqu'il doit projeter une histoire qui n'aura lieu que dans sa tête. En effet, le film n'est pas dans le non-dit mais dans le « pas montré ».

Tout en tension

Si la tension est générée par les événements narrés au téléphone, elle tient aussi par le « jeu » de la voix, son intonation, ses cris et ses chuchotements. L'actrice Jessica Dinnage a d'ailleurs été choisie pour sa voix rauque, que le réalisateur qualifie d'« un peu brisée ». Au-delà de la voix, ce huis-clos engendre, en plus de la claustrophobie, de l'impuissance ; que faire quand le téléphone coupe sur des cris d'effroi ? Enfin, d'un point de vue narratif, le réalisateur n'use pas de subterfuges comme des flashbacks à la 127 heures (Danny Boyle, 2011) . Pas de possibilité de s'évader, la caméra reste accrochée à l'appareil de bout en bout. Résultat : The Guilty est un film d'action sans spectacle, une course-poursuite mentale qui fait du surplace, rythmée par les tic-tac du temps qui filent à l'autre bout du fil. On en ressort quand même essoufflés.

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