Take Shelter, Mud, Loving : pourquoi on adore le cinéma de Jeff Nichols
Posté par Stéphanie Chermont le 23 Janvier 2019
De son premier film Shotgun Stories à Loving en 2016, le réalisateur Jeff Nichols confirme son talent de réalisateur ancré dans une Amérique que l’on voit peu, sincère et profonde.
Un réalisateur méticuleux

En 2016, selon Vice qui l’a suivi sur plusieurs semaines, Jeff Nichols était le seul réalisateur dont les films ont été sélectionnés et diffusés dans les trois plus grands festivals internationaux. Le Festival de Cannes, la Berlinale et le Festival de Toronto. Avec, à chaque fois, un succès critique et public. Et ce malgré la dureté des sujets abordés par le quarantenaire derrière la caméra.

Dans ses cinq films, Shotgun Stories, Take Shelter, Mud : Sur les rives du Mississippi, Midnight Special et Loving, on remarque une même manière de raconter des histoires et de réaliser, à savoir de façon très méticuleuse laissant place aux détails, aux émotions, au cadre dans lequel une injustice se reflète. 

L’Amérique telle que vous ne l’avez jamais vue

Sa force, c’est de mettre en récit et en images des histoires et des personnages d’une Amérique que l’on découvre, que l’on connaît peu. En tout cas au cinéma. Dans Mud : Sur les rives du Mississippi, Jeff Nichols confronte deux adolescents, Ellis et Neckbone, à un homme refugié sur le bord du fleuve, Mud. Dans Midnight Special, sorti en 2016, c’est la cavale de Roy Tomlin et son fils de huit ans, Alton, que l’on suit avec en fond d’histoire une secte religieuse nocive, Third Heaven Ranch.

Et dans Loving, le dernier long-métrage de Jeff Nichols, la plus touchante de ses cinq réalisations, c’est l’amour interdit entre un homme blanc et une femme noire dans les années 50 en Virginie que l’on découvre. 

"Matthew McConaughey est surement ce que l’on a de plus proche de Paul Newman aujourd’hui. Il dégage quelque chose d’immédiatement sympathique, comme aussi James Garner."

De ces trois films, de ces trois exemples, une quête est toujours présente dans la narration, un questionnement complexe des personnages et une mise en lumière d’une Amérique sectaire, radicale, dure. Ses personnages ont toujours un combat à mener, contre eux, contre la société, contre les lois ou contre les plus forts. Un réalisateur concerné, engagé, sincère, à l’image de son parcours pour devenir réalisateur en Caroline du Nord : modeste et obstiné. 

Un réalisateur qui transcende ses acteurs

Son acteur favori, sans aucun doute et pour avoir joué dans ses cinq films, c’est Michael Shannon. Le charismatique acteur connu notamment pour son rôle dans Take Shelter, mais aussi 8 Mile, Les Noces rebelles, The Iceman, Man of Steel, Nocturnal Animals, est en quelque sorte la « muse » de Jeff Nichols.

Il l’avait en tête dès l’écriture de son premier long-métrage, Shotgun Stories, alors qu’il n’avait pas fini ses études. Et même lorsque Michael Shannon n’a pas le rôle principal, comme dans Loving où il joue un photographe freelance engagé par Life Magazine, son personnage est essentiel dans la narration. C’est le témoin par l’image de l’amour des Loving. 

Mais Michael Shannon n'est pas le seul acteur à qui Jeff Nichols voue une parfaite admiration. Dans le même registre, et comme il le confiait récemment à L’Obs, il « adore Matthew McConaughey, qui est surement ce que l’on a de plus proche de Paul Newman aujourd’hui. Il dégage quelque chose d’immédiatement sympathique, comme aussi James Garner ».

Ne se cachant pas être inspiré par Terrence Malick, dont on retrouve les acteurs de The Tree of Life disséminé dans toute la filmographie de Jeff Nichols (à commencer par Jessica Chastain), le réalisateur indépendant perçoit dans cette ressemblance la même sensibilité à fleur de peau; celle qu’il imagine dès l’écriture du scénario qu’il dirige à la perfection. « Avec son physique (Michael Shannon), on a l’impression qu’il faudrait lui donner un coup de pelle sur la tête pour lui faire mal alors que de simples mots suffiraient à le blesser. C’est un nerf à vif, un hypersensible. C’est pour ça que c’est un si bon acteur ».

C’est donc ça, son secret pour faire des films si poignants. Voir ses acteurs comme des hommes et des femmes avant tout, avec leurs sentiments, leurs sensibilités. Les capter, les filmer et les mener. Un ensorceleur, en quelque sorte.   

Cycle Jeff Nichols sur TCM Cinéma en janvier tous les vendredis à partir du 4/01. 

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