Shéhérazade : un premier film coup de poing acclamé de toute part

Posté par Rosario Ligammari le 2 Septembre 2019
Shéhérazade est ce qu'on peut appeler un « succès surprise ». Avec ce premier long-métrage interprété par des acteurs inconnus, Jean-Bernard Marlin – lui-même réalisateur jusque-là méconnu – a crée l'unanimité tant par son énergie authentique que par la puissance de son style. Retour sur un film incandescent en forme de miracle.
Authenticité

Shéhérazade (Jean-Bernard Marlin, 2018) part d'un fait divers. Alors qu'il vient de sortir de prison, Zachary (Dylan Robert), dix-sept ans, rencontre Shéhérazade (Kenza Fortas), une jeune prostituée ; une relation entre les deux va s'établir d'abord sous forme d'entraide. On pourrait initialement croire à un rapport de proxénétisme/prostitution mais c'est avant tout et contre tout d'histoire d'amour qu'il s'agit...

Pour être au plus près de son sujet, le réalisateur marseillais Jean-Bernard Marlin a passé beaucoup de temps à parler avec de jeunes prostituées à Marseille ; il lui a fallu aussi huit mois de casting dans les foyers ou à la sortie des prisons marseillaises pour dénicher Dylan Robert, un jeune repris de justice. Ses deux héros, issus de La-Belle-de-Mai – l'un des quartiers les plus défavorisés de Marseille – se connaissent depuis l'enfance ; leur complicité crève les yeux et l'écran.

Les bas-fonds de Marseille filmés avec style et panache

Dans la directe descendance de Maurice Pialat ou même du néoréalisme italien, Jean-Bernard Marlin, en plus de taper juste, frappe fort avec cette histoire de passion entre deux marginaux. Le réalisateur montre la cité phocéenne sur un ton naturaliste à la fois sombre et gorgé de soleil, toujours rythmé par la gouaille marseillaise ; l'accent « chanté » contrebalance avec l'atmosphère désenchantée.

En filmant le Marseille des marges et les personnages caméra à l'épaule, Shéhérazade rappelle encore la « Planète Mars(eille) » de Comme un aimant (Akenaton et Kamel Saleh, 2000) ou celle de la délinquance que pouvait décrire avec acuité le romancier Jean-Claude Izzo. Réalisé avec les « moyens du bord », le film ne contient aucune star à l'affiche ; de plus, avant cela, Jean-Bernard Marlin était un réalisateur quasiment inconnu. L'énergie collective concentré dans le long-métrage l'a entraîné dans un tourbillon de succès.

Un film auréolé de prix

A l'unanimité – des festivals aux critiques jusqu'au public – tout le monde a applaudi le film, son âpreté qui suinte l'authenticité autant que sa douceur et sa sensualité. En 2013, Jean-Bernard Marlin avait obtenu l’Ours d’or au Festival de Berlin pour La Fugue, un court-métrage dans lequel il abordait déjà les mineurs délinquants à Marseille ; rétrospectivement, on peut voir celui-ci comme un banc d'essai pour Shéhérazade.

En plus d'avoir été très bien accueilli à la Semaine de la critique à Cannes 2018, Shéhérazade a remporté trois prix au Festival d'Angoulême, dont celui du Meilleur film. Lors de la dernière cérémonie des César, alors que d'autres films comme Le Grand Bain (Gilles Lellouche, 2018) partaient favoris, Shéhérazade a crée la surprise en multipliant les récompenses au cours de la soirée. Ces prix lui ont attribué une autre vitalité – et une nouvelle visibilité.

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