Quentin Tarantino, l'ancien enfant terrible aujourd'hui adulé à Cannes

Posté par Rosario Ligammari le 17 Mai 2019
Quentin Tarantino revient à Cannes avec Once upon a time... in Hollywood présenté en compétition. Vingt-cinq ans après sa Palme d'or pour Pulp Fiction accompagné de son fameux doigt d'honneur, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts : hier le réalisateur américain divisait, aujourd'hui il fédère.
Le doigt d'honneur de Tarantino

Cannes, c'est aussi son lot de scandales. Nous parlons ici non pas des films mais des moments chocs qui ont marqué l'histoire du Festival. Et puis il y a une sous-catégorie bien spécifique : les moments chocs lors de la remise des prix. Deux réalisateurs la remplissent. D'abord il y a Maurice Pialat qui, en 1987, vient récupérer sa Palme d'or pour Sous le Soleil de Satan. Hué par une partie de la salle, le réalisateur lance à l'auditoire sur un ton sec « Si vous ne m'aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ». Et puis il y a Quentin Tarantino.

Rappelons le contexte. En 1994, alors qu'il n'a que trente ans, Tarantino vient récupérer le prestigieux trophée pour Pulp Fiction. Mais il y a un problème. Cette récompense n'est visiblement pas du goût de tout le monde ; on peut déceler dans la salle des cris de bonheur mais aussi d'horreur. En effet, une femme dans la salle (que l'on distingue par ailleurs très bien lors de la retransmission à la télé) ne cache pas son effroi, hurlant « Quelle daube ! ». Et Tarantino de lui répondre avec le sourire et... un doigt d'honneur.

Tarantino, l'enfant terrible du cinéma américain

Il faut remettre les choses dans leur contexte. Dans les années 90, Quentin Tarantino était ce qu'on pourrait qualifier de « sale gosse ». La violence de ses films (on se souvient de la scène de l'oreille coupée dans Reservoir Dogs en 1992 ou celle du viol dans Pulp Fiction en 1994) n'étaient là non plus forcément du goût de tout le monde.

Pour résumer, d'un côté, il y avait les pro-Tarantino, friands de son cinéma exubérant, de son goût pour la provocation, de ses clins d’œil au cinéma bis autant qu'au cinéma d'auteur ou de ses trouvailles formelles (notamment la narration non linéaire). Et puis, de l'autre, les anti-Tarantino qui, en plus de le voir comme un réalisateur vulgaire, pouvaient en plus le considérer comme un copieur (son côté post-moderne, qui est sa marque de fabrique). Rétrospectivement, les réactions mitigées lors de la récompense pour Pulp Fiction ne sont pas si étonnantes que cela. Elle sont même assez représentatives de ces deux camps opposés.

Réalisateur désormais fédérateur

Aujourd'hui, qu'en est-il de Tarantino ? Est-il vraiment nécessaire de répondre à cette question ? D'une part, pour revenir à Pulp Fiction, il s'agirait ni plus ni moins de la Palme d'or préférée des spectateurs. Pour le dire autrement, c'est le film qui « met tout le monde d'accord ». Tarantino est passé de réalisateur du pour et du contre à cinéaste qui fait l'unanimité. Et plus largement, force est de constater qu'il est aujourd'hui l'un des réalisateurs les plus fédérateurs – il cartonne au box-office autant qu'au Festival de Cannes.

Enfin, lui qui a tellement rendu hommage à la pop culture, en retour la pop culture s'est beaucoup nourrie de son cinéma. Peter Bogdanovich a dit de Tarantino qu'il était le réalisateur « le plus influent de sa génération ». C'est peu dire que Once Upon a time... in Hollywood (qui raconte le Hollywood de la fin des années 60) est attendu de pied ferme ; Tarantino n'a d'ailleurs pas quitté la salle de montage pendant quatre mois pour pouvoir le présenter à temps.

Cette histoire de doigt d'honneur semble loin. Très loin.

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