Philippe Labro, disparition d’un homme aux mille vies
Philippe Labro s’est éteint ce 4 juin 2025 à l’âge de 88 ans, des suites d'un cancer. Écrivain, cinéaste, journaliste et figure familière du petit écran, il incarnait depuis plus d’un demi-siècle une certaine idée du style à la française, à la fois élégant, curieux et partagé entre son amour des mots et des images.
Disparition d'un géant : c'était l'une des dernières légendes de la télévision française et en même temps, Philippe Labro c'était une carrière semblable à aucune autre menée sur tous les fronts. Tour à tour journaliste, écrivain, réalisateur, présentateur et même parolier (le fameux Poème sur la 7e pour Johnny Hallyday, c'était lui), il aura passé sa vie à refusé de choisir et laisse derrière lui une somme de créations incomparables dans le paysage audiovisuel français.
Très tôt attiré par l’écriture, Labro devient à 15 ans rédacteur en chef du Journal des jeunes après avoir remporté un concours parrainé par Le Figaro. À 18 ans, une bourse l’envoie aux États-Unis, à l’université Washington and Lee, en Virginie. Il y découvrira l’Amérique, un pays-continent qui marquera durablement son œuvre. De retour en France, il devient correspondant pour France-Soir et couvre notamment l’assassinat de John F. Kennedy en 1963 — un événement fondateur qu’il racontera dans plusieurs livres (dont On a tiré sur le Président en 2013).

Profonde tristesse ce matin à l’annonce de la disparition de l’immense Philippe Labro. Journaliste puis patron média avec RTL qu’il a marqué de son empreinte, à l’origine de Direct 8 puis figure clé de C8, grand écrivain et cinéaste, ami fidèle si proche des plus grands …
— Maxime Saada (@maxsaada) June 4, 2025
S'il a raté deux fois (de peu) le prix Goncourt, Philippe Labro a toujours été attiré par les lettres. Il publie son premier roman en 1960 (Un américain peu tranquille) à seulement 24 ans, et ne cessera d’écrire, avec notamment L’étudiant étranger (Prix Interallié 1986) ou Des cornichons au chocolat, roman culte signé sous pseudonyme. Il y distille une écriture sensible, souvent autobiographique, entre mélancolie et observation sociale.

Dans les années 70, l'infatigable homme à tout faire s’impose aussi au cinéma avec une poignée de films noirs tendus et brillants : SANS MOBILE APPARENT, L'ALPAGUEUR, L'HÉRITIER et LE HASARD ET LA VIOLENCE. À l’écran, les plus grands noms : Belmondo, Trintignant, Ventura. Et à la musique, l'immense Michel Colombier qui y signera parmi ses plus belles partitions.
Homme de médias, il aura également cofondé avec Vincent Bolloré la chaîne Direct 8 en 2005, devenue par la suite C8. Il y présentera Blog Notes, Langue de bois s’abstenir — rebaptisée L’Essentiel chez Labro — et incarnera chaque dimanche soir le cinéma sur la chaîne. Le 25 février dernier, il faisait ses adieux au petit écran à l’occasion de la dernière de son émission.
Passeur de récits, homme de lettres et de l’image, Philippe Labro aura traversé, pour citer Maxime Saada "le siècle comme personne, curieux de tout et profondément libre".



