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Pedro Almodóvar : « Nous devons être maîtres de notre vie, mais aussi de notre mort »

Avec "La Chambre d’à côté", Lion d’or de la dernière Mostra de Venise, Pedro Almodóvar signe une œuvre profondément émouvante et introspective. Adapté du roman "Quel est donc ton tourment ?" de Sigrid Nunez, "La Chambre d’à côté" réunit deux immenses actrices : Julianne Moore et Tilda Swinton. Le cinéaste espagnol s’est confié au micro d’Antoine de Caunes sur le thème central du film : la fin de vie, et la mort, à l'occasion de sa sortie dans les salles françaises ce mercredi 8 janvier.

Une amitié ravivée par des circonstances tragiques

"La Chambre d’à côté" raconte l’histoire d’Ingrid (Julianne Moore), une romancière à succès terrifiée par la mort, et de Martha (Tilda Swinton), une reporter de guerre, atteinte d'un cancer en phase terminale. Les deux femmes, anciennes amies, se retrouvent après des années de silence lorsque Martha demande à Ingrid de rester à ses côtés durant ses derniers jours.

Pedro Almodóvar explique ce qui l’a poussé à adapter ce roman : « Quand Ingrid accepte de s’installer dans la chambre d’à côté pour accompagner son amie, cette situation, d’un point de vue dramatique, est très forte. Elle permet de réfléchir à la mort, et à l’amitié aussi. »

Au cœur du film se trouve l’idée que l’accompagnement va au-delà du soutien pratique ou médical. Martha, en s’installant près d’Ingrid, incarne une forme de présence pure, où les mots ne sont parfois pas nécessaires. « Il suffit parfois de rester aux côtés de quelqu’un, sans forcément parler. Je crois que c’est très important, surtout aujourd’hui », souligne le cinéaste.

Un film intime et universel

Lion d’or à Venise, "La Chambre d’à côté" marque une nouvelle étape dans la carrière d’Almodóvar, qui, depuis quelques années, s’oriente vers des œuvres plus introspectives et moins « explosives », comme il décrit lui-même sa filmographie des années 80.

 Le réalisateur confie : « Depuis quelque temps, la mort et la douleur sont des sujets qui m’obsèdent davantage. C’est une manière pour moi de mieux les comprendre, en passant par l’écriture et la mise en scène, tout en ajoutant « J’ai une relation pas très adulte avec la mort. »

Avec une esthétique épurée et une lumière magnifiquement travaillée par le chef opérateur José Luis Alcaine, "La Chambre d’à côté" pose une question essentielle : celle de la liberté, y compris dans les moments les plus cruciaux de l’existence.

« Je pense que nous sommes maîtres de notre vie, mais que nous devons l’être également de notre mort », déclare Almodóvar. Cette réflexion traverse le film, sans jamais imposer une vision ou un jugement au spectateur. Les choix d’Ingrid et surtout de Martha, qui choisit d'avoir recours au suicide assisté, deviennent des actes d’amour et de liberté, qui invitent chacun à méditer sur sa propre perception de la vie et de sa fin.

Le réalisateur ajoute : « Accompagner, c’est aussi respecter les choix de l’autre, même s’ils nous bouleversent. »