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PARASITE : pourquoi ce twist est une masterclass

Bong Joon Ho est de retour avec l’immense MICKEY 17, sorti en mars 2025 et déjà dispo sur l’app CANAL+. Tandis que ce dernier film maintient tout au long une harmonie atypique entre science-fiction et comédie noire, son précédent film, PARASITE, faisait tout autre chose en effectuant à mi-chemin une métamorphose drastique. Nommé comme le meilleur film du 21ème siècle par The New York Times, ce chef-d’œuvre a fait exploser le box-office international en 2019, en récoltant au passage prix après prix prestigieux entre Palme d’Or et Oscars. Un film surtout marqué par son changement de ton, qui ne peut qu’être vécu pour en mesurer son effet. Revenons sur les rouages et subtilités de l’un des twists les mieux maitrisés au cinéma.

Attention : spoilers !

Il y a deux films dans PARASITE : celui avant cette scène, et celui après.  

Si, par miracle, vous ne le saviez pas déjà, PARASITE raconte l’infiltration progressive et calculée d’une famille pauvre dans la maison de la très riche famille Park à Seoul. Se faisant passer pour des personnes hautement qualifiées sans lien de parenté, les Kim vont venir remplacer un à un les anciens employés de la demeure, en prenant respectivement les rôles d’un tuteur, d’un chauffeur et finalement d’une gouvernante. 

Après environ une heure de film, la famille Park est partie en vacances, et les Kim profitent d’un apéro dans le salon. Les voici maintenant réjouis de leur stratagème élaboré, au cœur d’une maison bien plus spacieuse et luxueuse que leur petit appartement semi-enterré. Le plan s’est déroulé comme prévu. En tout cas, jusqu’à maintenant…  

Car, en fait, un malaise irrépressible s’installe rapidement : on réalise que près de la moitié du film s’est écoulée, et l’intrigue semble déjà résolue. L’histoire atteint alors comme une impasse. Nos personnages ont comblé leurs motivations et, à présent, il ne reste plus aucun conflit pour faire avancer l’histoire. C’est une manière assez traditionnelle de visualiser un récit puisque, comme on le sait bien, Bong Joon Ho adore nous déstabiliser en cassant brusquement les codes du genre.  

Située exactement à la page 71 d’un scénario de 141 pages, cette scène pivotale nous livre un faux sentiment de sécurité, parsemé d’éléments anxiogènes subtils qui laissent entendre que quelque chose de terrible se prépare : un débat tendu sur l’argent, une liqueur bien entamée et une tempête qui approche. Tous les ingrédients sont là pour qu’un dérapage survienne à tout moment. C’est une scène charnue en dialogue, jouant constamment avec nos attentes et où les personnages basculent entre stoïque et rigolade… jusqu’à ce que soudain :  

DING DONG !

Une sonnerie retentit au milieu du film, quasiment à la minute près. S’installe alors un moment de flottement, rempli d’un silence et de regards terrifiés. Le point de bascule d’une comédie dramatique qui vire au cauchemar. C’est d’ailleurs à ce moment-là que, d’après Bong Joon Ho lui-même, "l’histoire commence véritablement".

L’ancienne gouvernante est à la porte d’entrée. Elle se tient sous la pluie, plongée dans l’obscurité, arborant un sourire profondément dérangeant. S’ajoute ensuite à l’histoire un bunker caché sous la cave, qui transforme alors le film en thriller. La caméra vient suivre les personnages plonger dans de ce sous-sous-sol, comme s’ils redescendaient symboliquement l’échelle sociale et retournaient à leur situation initiale. Une métaphore déjà bien matérialisée depuis le début du film par la symbolique de l’escalier. Dans une séquence immersive en POV, rythmée par une note de violon angoissante en crescendo, on découvre par effroi l’immensité du labyrinthe… jusqu’à ce qu’un homme reclus soit révélé. Une scène choc, qui nous a tous fait retenir notre souffle.  

C’est justement cette scène précise qui vient faire le pont avec la deuxième partie plus tragique du film, qui ne fait ensuite qu’empirer avec l’arrivée des Park une fois leur voyage annulé à cause de l’averse, menant finalement à un climax sanglant. 

Un twist aussi prévisible qu’imprévisible, puisqu’il fut caché sous nos yeux, ou bien du moins suggéré tout au long : on descend à plusieurs reprises auparavant dans le sous-sol - mais brièvement -, on entend retentir la sonnette une première fois lors de l’arrivée du nouveau "tuteur", sans parler du fait que le père de la famille riche mentionne plus tôt que l’ancienne gouvernante "mangeait comme deux". Une ligne anodine qui prend soudain tout son sens.  

La première partie de PARASITE est une masterclass en prémonition, dissimulée d’abord par une touche d’humour satirique, elle-même brillante. Bong Joon Ho établit les enjeux discrètement, jusqu’à ce qu’il les fasse exploser dans une seule scène courte mais décisive donnant lieu à un second film, certes plus tragique, mais qui cohabite maintenant avec la comédie noire. Il fusionne avec génie mise en scène, tension et subversion, le tout en à peine dix minutes. 

Dix minutes de perfection.