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OSS 117 a 20 ans : pourquoi personne n'a ri lors de la première projection du film

Comédie culte et hilarante, OSS 117 : LE CAIRE NID D’ESPIONS a dû faire face à un contexte social tendu au moment de sa sortie en salles. Disponible sur CANAL+, le film a même reçu un accueil glacial lors de sa première rencontre avec le public.

OSS 117, un agent très français

Si la France n’a pas James Bond, elle a au moins Hubert Bonisseur de La Bath, le meilleur agent français. Enfin le meilleur… Celles et ceux qui ont vu OSS 117 : LE CAIRE NID D’ESPIONS (2006) savent bien que cet espion, dénué de finesse mais pas de préjugés, doit son salut à une chance insolente.

Sortie le 19 avril 2006, cette adaptation libre des romans initiés par Jean Bruce est devenue un monument de la comédie française. Une œuvre culte signée Michel Hazanavicius, marquée par la performance géniale de Jean Dujardin, devenu indissociable de ce rôle. On n’oublie pas non plus les innombrables répliques désormais ancrées dans la culture populaire française.

20 ans plus tard la popularité d’Hubert ne faiblit pas (un quatrième opus a récemment été évoqué par Jean Dujardin). Pourtant, à l'époque, le succès était loin d’être garanti.

Une sortie sous haute tension

Au début de l’année 2006, deux sujets étaient au cœur de l’actualité en France : l’affaire des caricatures de Charlie Hebdo représentant le prophète Mahomet, et la grippe aviaire. Or, le film de Michel Hazanavicius contient plusieurs scènes qui, par un hasard malheureux, pouvaient faire écho à ces événements. Comme la bataille de poulets dans les locaux de la SCEP (la Société Cairote d'Élevage de Poulets, la couverture d’Hubert). Ou la scène où OSS 117 fait taire le muezzin pour pouvoir dormir.

Lors d’une interview pour le film SOUS LE TAPIS (2023), Bérénice Bejo, l’interprète de Larmina, racontait ses souvenirs de la promotion. D’après elle, les questions tournaient surtout autour de ces sujets sensibles : “On demandait souvent à Michel Hazanavicius s’il n’avait pas peur, et il répondait que non, qu’il avait juste fait un film”.

Le public de Lille jette un froid

Puis, vint le jour de la première rencontre avec le public, à Lille. Un moment qui a marqué Bérénice Bejo puisque personne n’a rigolé dans la salle.

Les gens n’avaient pas ri, à part ma petite sœur qui était pétée de rire. Mais elle me disait : "On avait le droit de rire ou pas ?". Donc on s’était dit : mince, les gens n’ont peut-être pas compris le film. Ou bien on a loupé quelque chose.

En réalité, le public était tout simplement déconcerté. Il n’était pas préparé à cet humour absurde, à voir un Jean Dujardin très premier degré et en décalage constant.

À Lille, ils ne savaient pas du tout ce qu’ils allaient voir. Donc ils se disaient : "Mais, on peut rire tranquillement ?".

Il a fallu attendre que le bouche-à-oreille se mette en place et que la promotion fasse son effet pour que le public comprenne la mécanique du film et "s’autorise à rire". Finalement, ni l’affaire des caricatures, ni la grippe aviaire n’ont empêché OSS 117 : LE CAIRE NID D’ESPIONS d’être un carton avec plus de 2,3 millions d’entrées totalisées.