Numéro Une : Emmanuelle Devos, ou le pouvoir au féminin.

Dans Numéro Une, Emmanuelle Devos incarne une candidate en lice pour devenir la première femme dirigeante d'une entreprise du CAC 40. A l'ère #MeToo, ce film de Tonie Marshall met enfin les pieds dans le plat. Et avec brio. 

Et d'abord parce que c'est immense plaisir de retrouver Emmanuelle Devos dans un grand et beau rôle de femme moderne, ce genre de personnage qu'on aimerait normal, qu'on aimerait habituel, mais qui, hélas, ne l'est pas. Son grain, qu'on adore, quelque part entre la folle et la bourgeoise pas si coincée que ça, donne à son rôle une immense force. Sacrée meilleure actrice aux César pour Sur mes lèvres de Jacques Audiard, devant Audrey Tautou qui concourait à l'époque dans la même catégorie pour Le Fabuleux Destin..., grande habituée du cinéma d'Arnaud Desplechin - elle avait été fantastique dans Rois et Reine - l'actrice poursuit ainsi une carrière sans fausse note, célébrée par un second César pour A l'origine, qui la place parmi les actrices les plus appréciées du public français, et des critiques ! 

La caméra de Tonie Marshall (Vénus Beauté (institut), France Boutique...), sublime encore un peu plus son talent, sa fragilité, sa force, sa palette d'émotion tout en nuances. Et elle ne magnifie pas que ça : la cinéaste filme les bureaux et les grandes tours de verre et d'acier des entreprises du CAC 40 comme personne, elle révèle toutes leurs froideurs, leur inhumanité, leurs coulisses, peu glorieuses, où absolument tout devient très vite, exclusivement, une question de pouvoir. Derrière la marqueterie d'un bureau, sous le gris d'une moquette, sous les néons blafards des faux plafonds, tout est sujet à la déstabilisation, tous les coups sont permis, et d'autant plus quand une femme menace de prendre le pouvoir... A tel point que parfois, on se croirait dans Borgen ou House of Cards

Le film est aussi l'occasion de composer un casting quasi 100% féminin, et pas forcément avec de la jeune actrice dans le vent, de celles qu'on voit en une de tous les magazines, et c'est tant mieux. Suzanne Clément, Francine Bergé et Anne Azoulay y incarnent à la perfection ces membres d'un club d'influence féminin et féministe, achevant de convaincre Emmanuelle Devos de se présenter à la tête d'une entreprise... Lui faisait prendre conscience, par la même occasion, de l'importance d'un tel combat. Parce que la question de la femme au travail ne saurait se contenter des quotas ou de la parité : elle passe avant tout par l'accession au pouvoir, tout en haut, au milieu de ces grandes salles rondes avec fauteuil en cuir servant de conseil d'administration. Tonie Marshall, Emmanuelle Devos et toutes les actrices du film nous le démontrent par a + b, le cerveau plutôt que le poing levé. Et franchement, ça fait du bien. 

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Posté par Philippe COUSSIN-GRUDZINSKI le 22 Novembre 2018