Mise à mort du cerf sacré, dès le 20/10 en exclusivité sur CANAL+ CINÉMA et myCANAL.
Posté par Philippe Coussin-Grudzinski le 19 Octobre 2018
Après avoir raillé l'injonction contemporaine d'être en couple à tout prix dans The Lobster, Yorgos Lanthimos revient avec Mise à mort du cerf sacré, prix du scénario au Festival de Cannes 2017
Après avoir raillé l'injonction contemporaine d'être en couple à tout prix dans The Lobtser, Yorgos Lanthimos revient avec Mise à mort du cerf sacré, prix du scénario au Festival de Cannes 2017, et actuellement sur myCANAL. 
 
Yorgos Lanthimos aime décidément faire du cinéma bien, bien, bien barré. Sous une apparence formelle voire carrément glaciale, il nous présentait déjà dans The Lobster un scénario diabolique : tout célibataire y était interné avec l'obligation de se mettre en couple en 45 jours. Passé ce délai, chaque célibataire ayant échoué y était définitivement transformé en l'animal de son choix. Flippant, gênant et terriblement drôle à la fois. D'autant que, comme le titre l'indique, l'excellent Colin Farrell, qu'on avait plutôt l'habitude de voir dans des blockbusters, souhaitait être transformé en... homard. 
 
Dans Mise à mort du cerf sacré, Colin Farrell remet une pièce dans la machine à rendre fou de son réalisateur. Et devient un chirurgien à succès qui doit faire le choix ultime : tuer un membre de sa famille pour sauver ce qu'il en reste ou accepter de tout perdre. Le film s'ouvre sur une opération à coeur ouvert accompagnée par une musique dont le caractère tragique et ascétique à la fois nous rappelle franchement celle de Gluck dans Orphée et Eurydice, le ballet de Pina Bausch. Les travellings se multiplient ; les couloirs de l'hôpital, les couloirs de la maison, les couloirs du restaurant, tous les couloirs se resserrent façon Shining, si bien qu'on finit par comprendre qu'il n'y aura clairement pas d'issue à cette histoire. Pendant près de deux heures, on attend, de façon clairement malsaine, l'heure du sacrifice. Et ce qui est terrible, et franchement glaçant, c'est que cette attente est sublime. 
 
Comme si ça ne suffisait pas, Lanthimos ajoute une couche de malsain dans le rapport au sexe de ses personnages : pour manifester son désir à son mari, Nicole Kidman, fantastique en épouse bourgeoise hautaine ultra glaciale ultra sensuelle, lui susurre simplement ces mots, la tête dans le vide, pendante au bord du lit : "Anesthésie générale." La mère du jeune ado que le docteur Farrell semble prendre sous son aile ne cesse de lui signifier qu'il a de belles mains. Puis c'est au tour du jeune ado de lui faire la même remarque. Et de lui demander de lui montrer son torse. Et quand le docteur Farrell avoue un secret à son fils, on finit par être les deux pieds dans le malsain... Dégoutés et fascinés à la fois. 
 
Bref, si le cinéma de Yorgos Lanthimos a cette puissance, c'est parce qu'on regarde ce virtuose du vice prendre du plaisir à nous manipuler et qu'il finit par nous donner du plaisir dans la gêne. Voire, parfois, carrément dans la douleur. Le plus gratuitement du monde. Et c'est exceptionnel. 
 
Mise à mort du cerf sacré, actuellement sur myCANAL. 

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