Les Misérables, un nouveau La Haine en compétition à Cannes ?

Posté par Rosario Ligammari le 13 Mai 2019
Parce qu'il a été tourné dans une cité (à Montfermeil) et qu'il traite de violences policières, le premier long-métrage de Ladj Ly semble s'inscrire dans la droite lignée de La Haine. Présenté en compétition au Festival de Cannes, le choc sera-t-il le même que celui qu'avait causé le film de Mathieu Kassovitz en 1995 ?
L'héritage de La Haine

Si l'on juge la valeur d'un film à son influence, en plus de sa qualité cinématographique, il est incontestable que La Haine (1995) est une œuvre d'une grande importance. Parce que, oui, La Haine a fait des petits : de Rengaine (Rachid Djaidani, 2012) à Qu'Allah bénisse la France (Abd Al Malik, 2014) jusqu'aux Kaïras (Franck Gastambide, 2012), le film de Mathieu Kassovitz a ouvert des portes. D'abord par son audace formelle, une stylisation « à l'américaine » sophistiquée contrastant avec un certain naturalisme plus dépouillé cher au cinéma français d'auteur. Mais également par son fond – nerveux, brut, urgent. Les Misérables de Ladj Ly semble s'inscrire dans cette filiation.

Ladj Ly, de Kourtrajmé à son école de cinéma

Si on ne peut pas inscrire Ladj Ly dans un groupe précis de cinéastes, il appartient à un collectif (également boîte de production) : Kourtrajmé. Pour rappel, il s'agit d'un groupe de réalisateurs très inventifs qui, comme son nom l'indique en verlan, a tourné plusieurs dizaine de courts (ainsi que des clips) qui se caractérisent, à travers la culture hip-hop, par des images choc, des gros plans incongrus, des montages épileptiques et une profusion de trouvailles visuelles sidérantes. Et si Ladj Ly n'a pas fait d'études cinématographiques (il est autodidacte), il a crée une école de cinéma gratuite. Une belle façon d'ouvrir à son tour des portes à des aspirants réalisateurs ayant de grandes ambitions mais pas toujours les moyens qui vont avec. Et, à l'instar de Kassovitz (en particulier à ses débuts), la référence pour beaucoup d'entre eux est Spike Lee et son cinéma vérité stylisé.

Ladj Ly dans la cours des grands

En plus de ses expérimentations au sein de Kourtrajmé, Ladj Ly s'est fait connaître avec 365 Jours à Clichy-Montfermeil (sorti en DVD en 2007). Réalisé encore en compagnie de son collectif, ce documentaire revenait sur les émeutes de 2005 ; le réalisateur y avait filmé sa cité avant et après les événements. Les Misérables est une déclinaison d'un de ses courts métrages éponymes – exactement comme Kassovitz avec Assassins, un court qu'il avait tourné en 1992, devenu Assassin(s), le long-métrage choc qui avait fait beaucoup de bruit à Cannes en 1997. Les Misérables parle de la Brigade Anti-Criminel face aux tensions de groupes de quartier et se déroule à nouveau à Montfermeil, dans la cité des Bosquets.

Alors que Romain Gavras, son acolyte de Kourtrajmé, a tourné avec Isabelle Adjani pour Le Monde est à toi (actuellement diffusé sur CANAL+), voilà que Ladj Ly se retrouve de son côté en compétition pour la Palme d'or avec son premier long – au passage, le seul premier film de la sélection. Une belle entrée dans la cour des grands.

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